La sourate Al-Jinn (« Les Djinns »), soixante-douzième chapitre du Coran, est une sourate mecquoise de vingt-huit versets. Elle s'ouvre sur une annonce inattendue : un groupe de djinns a écouté la récitation du Coran et y a cru. Leur témoignage occupe la première moitié du chapitre ; il est suivi de la réponse du Messager, qui rappelle qu'il ne possède ni pouvoir de nuire, ni pouvoir de guider, ni connaissance du mystère. Cette sourate remet à leur place des sujets souvent déformés par les rumeurs. Notre article sur les djinns présente ces êtres selon les textes, et celui sur la sourate Al-Ahqaf rapporte un épisode voisin. Voici les clés pour la lire avec rigueur.
Les sept premiers versets rapportent ce que dit ce groupe à ses semblables après avoir entendu la récitation : une conviction nouvelle, un rejet de toute association à Allah et une critique de ceux qui parlaient sans savoir. Ils présentent le Coran comme une guidée, et non comme un secret réservé à quelques-uns.
Les trois sections suivantes présentent l'occasion de la révélation et la déclaration des djinns, leur rejet de l'idée qu'Allah aurait une compagne ou un enfant, puis la mise en garde contre la protection demandée à d'autres qu'Allah.

Selon la traduction consultée sur Coran en ligne, le verset 1 s'ouvre sur un ordre au Messager : « Dis : Il m'a été révélé qu'un groupe de djinns prêtèrent l'oreille », puis dirent : « Nous avons certes entendu une Lecture merveilleuse ». Le mot « Lecture » désigne ici le Coran lui-même.
Le verset 2 poursuit : cette Lecture « guide vers la droiture », et les djinns ajoutent : « Nous y avons cru, et nous n'associerons jamais personne à notre Seigneur ». Le texte rapporte une foi immédiate, sans longue discussion : la récitation a suffi à les convaincre.
Dans le Sahih al-Bukhari (n° 4921), Ibn Abbas rapporte que, tandis que le Prophète ﷺ se rendait au marché d'Ukaz, un obstacle fut dressé entre les démons et les nouvelles du ciel ; en cherchant la cause de cet événement, un groupe de djinns passa à Nakhla, où le Prophète ﷺ priait l'aube avec ses compagnons. Ayant entendu le Coran, ils y prêtèrent l'oreille, retournèrent informer leur peuple, et c'est à ce sujet que fut révélée la sourate.
Une autre tradition, rapportée par Ibn Mas'ud dans le Sahih Muslim (n° 450), raconte qu'une nuit le Prophète ﷺ fut appelé par un émissaire des djinns et leur récita le Coran. Les savants discutent de la manière de rapprocher ces récits, dont l'un évoque une écoute fortuite et l'autre une rencontre sur invitation ; certains y voient deux événements distincts.

Le verset 3 énonce la conviction centrale des djinns : « notre Seigneur - que Sa grandeur soit exaltée - ne S'est donné ni compagne, ni enfant ». Ils formulent d'emblée l'unicité d'Allah : celui qui a entendu le Coran retient d'abord l'absence d'associé et de parenté.
Le verset 4 évoque un personnage : « Notre insensé [Iblis] disait des extravagances contre Allah ». Le traducteur identifie cet insensé à Iblis ; d'autres commentateurs y voient plus largement les insensés parmi les djinns. Dans les deux cas, ils reconnaissent avoir été trompés par l'un des leurs.
Le verset 5 ajoute : « nous pensions que ni les humains ni les djinns ne sauraient jamais proférer de mensonge contre Allah ». Leur erreur fut une confiance naïve : ils n'imaginaient pas que l'on puisse mentir sur Allah. On peut se tromper de bonne foi lorsque l'on ne vérifie pas.
La psychologie connaît cette confiance mal placée. En 1999, Justin Kruger et David Dunning ont montré, dans quatre études menées auprès d'étudiants, que les participants du quartile inférieur à des tests de raisonnement, de grammaire ou d'humour se situaient au 12e percentile mais s'estimaient au 62e. Qui ignore ne mesure pas toujours son ignorance, d'où la valeur de la vérification et du savoir révélé.
Notre article sur le tawhid explique pourquoi Allah n'a ni compagne ni enfant, et celui sur qui est Allah en présente les noms, pour que la foi repose sur une connaissance plutôt que sur une rumeur.

Le verset 6 décrit une pratique : certains hommes cherchaient protection auprès de certains djinns, « accroître leur détresse » étant le seul résultat, selon le texte. Selon les commentateurs, il s'agit d'une coutume d'avant l'islam : en voyage, on s'arrêtait dans une vallée et l'on demandait la protection de son prétendu maître.
Le Coran relève la conséquence : au lieu de rassurer, cette demande renforçait la peur et la dépendance. Celui qui s'adresse à une créature invisible pour être rassuré s'attache à ce qu'il ne maîtrise pas et ne trouve ni paix ni sécurité.
Le verset 7 ajoute : « Et ils avaient pensé comme vous avez pensé qu'Allah ne ressusciterait jamais personne ». Chercher refuge auprès des créatures va de pair avec un doute sur la rencontre finale : si les comptes ne sont pas rendus, on ne cherche plus la protection du Maître. Le texte relie ainsi la peur, la protection et la foi en la résurrection.
Des travaux de psychologie montrent qu'un objet porte-bonheur peut avoir un effet réel, mais par la confiance qu'il procure. En 2010, Lysann Damisch, Barbara Stoberock et Thomas Mussweiler ont montré dans Psychological Science que des participants disposant de leur porte-bonheur réussissaient mieux une tâche et se sentaient plus confiants. L'objet ne protège de rien : il agit sur la confiance en soi. Le Coran propose un appui plus solide, celui d'Allah, et trois repères aident à s'y tenir :
Notre article sur invoquer Allah contre le mal propose des paroles de protection conformes à l'enseignement, celui sur le waswas en islam aide à distinguer l'inquiétude du doute, et celui sur la roqya en islam en rappelle le cadre.
Les versets 8 à 19 prolongent le témoignage des djinns. Ils racontent une tentative d'écoute des nouvelles du ciel devenue impossible, avouent leur ignorance de ce qui adviendra des hommes, décrivent leur propre diversité, puis rappellent la place des mosquées et la promesse faite à ceux qui restent sur la voie droite.
Les trois sections suivantes présentent le ciel désormais gardé (versets 8 à 10), la division des djinns entre soumis et injustes (versets 11 à 15), puis la promesse d'une eau abondante et la consécration des mosquées à Allah (versets 16 à 19).

Le verset 8 dit : « Nous avions frôlé le ciel et Nous l'avions trouvé plein d'une forte garde et de bolides ». Le verset 9 poursuit : « Nous y prenions place pour écouter. Mais quiconque prête l'oreille maintenant, trouve contre lui un bolide aux aguets ». Le texte décrit ainsi un ciel désormais protégé.
Ces versets expliquent pourquoi ce groupe a découvert le Coran : la tentative d'écouter ce qui se disait dans les hauteurs leur est désormais interdite, et la révélation arrive à la place. Le texte ne détaille pas le mécanisme ; il rappelle que la révélation est protégée et que nul ne peut s'en emparer pour la déformer.
Le verset 10 exprime l'humilité de ces êtres : « Nous ne savons pas si on veut du mal aux habitants de la terre ou si leur Seigneur veut les mettre sur le droit chemin ». Même ceux qui évoluent dans l'invisible ne connaissent pas l'avenir. Cet aveu contraste avec les prétentions de ceux qui disent lire dans l'avenir.
Il rejoint l'enseignement de la fin de la sourate : le mystère n'appartient qu'à Allah. Notre article sur la sourate Saba rappelle d'ailleurs que les djinns qui travaillaient pour Salomon ignoraient sa mort tant qu'il restait appuyé sur son bâton, preuve qu'ils ne connaissaient pas l'inconnaissable.

Au verset 11, les djinns se décrivent : « Il y a parmi nous des vertueux et [d'autre] qui le sont moins », et ils reconnaissent qu'ils étaient divisés en voies différentes. Ils forment une société diverse, avec ses vertueux et ses moins vertueux, comme celle des hommes.
Au verset 12, ils reconnaissent qu'ils ne sauraient jamais réduire Allah à l'impuissance sur la terre ni Lui échapper en fuyant. Au verset 13, « lorsque nous avons entendu le guide [le Coran], nous y avons cru », et celui qui croit en son Seigneur ne craint ni perte ni injustice.
Les versets 14 et 15 distinguent deux voies : « Il y a parmi nous les Musulmans, et il y en a les injustes », ceux qui se sont soumis ayant recherché la droiture, tandis que « les injustes, ils formeront le combustible de l'Enfer ». Les djinns sont donc, comme les humains, responsables de leurs choix.
À la différence des anges, qui obéissent sans faillir, les djinns sont libres de croire ou non. Notre article sur l'ange Gabriel en islam présente la nature des anges. La leçon pour l'être humain est claire : la foi ne dépend ni de l'origine ni de la nature, mais du choix devant le Guide.

Le verset 16 annonce : « Et s'ils se maintenaient dans la bonne direction, Nous les aurions abreuvés, certes d'une eau abondante », puis le verset 17 précise la finalité : « afin de les y éprouver ». L'eau abondante évoque la prospérité, mais le bienfait est une épreuve de reconnaissance autant qu'une faveur.
Le verset 17 ajoute que celui qui se détourne du Rappel de son Seigneur sera conduit vers un châtiment. Le texte met ainsi en regard deux voies : l'attention au Rappel, qui ouvre la bénédiction, et l'indifférence, qui mène à la perte.
Le verset 18 relie l'unicité à un lieu : « Les mosquées sont consacrées à Allah : n'invoquez donc personne avec Allah ». Ces lieux sont des espaces de prière, non de rivalité ni de prétentions. Notre article sur comment prier en islam rappelle les gestes de cette adoration.
Le verset 19 revient à la scène de Nakhla : « quand le serviteur d'Allah s'est mis debout pour L'invoquer, ils faillirent se ruer en masse sur lui ». Selon les commentateurs, ce « ils » désigne les djinns qui se pressaient pour écouter, ou les incrédules qui s'attroupaient autour du Prophète ﷺ ; les avis divergent. Respecter la mosquée est une manière de vivre le verset 18, et quatre gestes y contribuent :
Les derniers versets répondent aux objections et fixent les limites de la mission. Le Messager n'est ni un faiseur de miracles ni un devin : il transmet. La connaissance de l'inconnaissable revient à Allah seul, qui n'en dévoile qu'à ceux qu'Il agrée comme messagers.
Les deux dernières sections présentent la déclaration « Je n'invoque que mon Seigneur » et l'absence de refuge en dehors d'Allah (versets 20 à 24), puis la connaissance du mystère et les gardiens qui entourent le Messager (versets 25 à 28). La vidéo propose ensuite la récitation, avant les questions fréquentes.

Le verset 20 déclare : « Dis : Je n'invoque que mon Seigneur et ne Lui associe personne ». Le verset 21 ajoute : « Je ne possède aucun moyen pour vous faire du mal, ni pour vous mettre sur le chemin droit ». Le Messager nie d'abord tout pouvoir propre : il ne peut ni nuire ni guider. La guidance appartient à Allah ; lui n'est que le messager.
Le verset 22 précise : « personne ne saura me protéger contre Allah; et jamais je ne trouverai de refuge en dehors de Lui ». Même le Prophète ﷺ n'a d'autre refuge qu'Allah. Ce verset ferme la porte à toute idée d'intermédiaire protecteur indépendant d'Allah et répond à l'erreur décrite au verset 6.
Au verset 23, le Messager affirme qu'il ne peut que transmettre « une communication et des messages [émanant] d'Allah », et le verset menace d'un feu éternel quiconque désobéit à Allah et à Son Messager. Au verset 24, le jour venu, « ils sauront lesquels ont les secours les plus faibles » : la question de la force sera alors tranchée.
Le croyant retient de ces versets une humilité de posture : on ne met sa confiance ni dans un talisman, ni dans une personne, ni dans un lieu, mais en Allah. Notre article sur la sourate Al-Ikhlas résume cette unicité en quelques versets, tandis que ceux sur la sourate Al-Falaq et la sourate An-Nas contiennent des invocations de refuge.

Le verset 25 prête ces mots au Messager : « Je ne sais pas si ce dont vous êtes menacés est proche, ou bien, si mon Seigneur va lui assigner un délai ». Il reconnaît ne pas connaître l'échéance de ce qui est annoncé. Le verset 26 le fonde : « [C'est Lui] qui connaît le mystère. Il ne dévoile Son mystère à personne ».
Le verset 27 apporte l'exception : « sauf à celui qu'Il agrée comme Messager et qu'Il fait précéder et suivre de gardiens vigilants ». Allah ne dévoile du mystère que ce qu'Il veut à ceux qu'Il choisit, et Il protège cette révélation par des gardiens vigilants : elle parvient intacte, sans interception.
Le verset 28 précise l'objet de cette protection : « afin qu'Il sache s'ils ont bien transmis les messages de leur Seigneur ». Le verset s'achève en rappelant qu'Allah embrasse par Son savoir tout ce qui entoure les messagers et dénombre toute chose, y compris ce qui paraît négligeable.
Pour accompagner cette lecture de recueillement, un khimar noir, sobre et couvrant, convient aux moments de récitation et de prière, en gardant à l'esprit que la vraie protection vient d'Allah seul.
Pour écouter la sourate avec sa traduction française, voici la récitation de Mishary Rashid Alafasy proposée par la chaîne Lumière :
Al-Jinn signifie « Les Djinns » : la sourate rapporte les paroles d'un groupe de djinns qui ont écouté le Coran.
Elle compte 28 versets et occupe la soixante-douzième place dans l'ordre du Coran.
Elle est considérée comme mecquoise, révélée avant l'émigration vers Médine.
Il rapporte qu'un groupe de djinns a prêté l'oreille au Coran et l'a qualifié de Lecture merveilleuse.
Selon le hadith de Boukhari n° 4921, des djinns ont entendu le Prophète ﷺ réciter l'aube à Nakhla, puis ont informé leur peuple.
Le verset 6 indique que cela n'a fait qu'accroître leur détresse, car la protection appartient à Allah seul.
Oui, les versets 11 à 15 distinguent parmi eux des musulmans et des injustes, comme parmi les humains.
Ils désignent les flammes qui gardent désormais le ciel et empêchent d'écouter ce qui s'y dit.
Il affirme que les mosquées sont consacrées à Allah et qu'on n'y invoque personne avec Lui.
La protection et la connaissance du mystère appartiennent à Allah seul, et le Coran guide aussi bien les humains que les djinns.
La sourate Al-Jinn enseigne que le Coran convainc ceux qui l'écoutent avec sincérité, que nul ne doit chercher refuge auprès d'une créature invisible et que le mystère n'appartient qu'à Allah. Elle rappelle que les djinns, comme les hommes, répondent de leurs choix, et que le Messager transmet sans détenir ni profit ni savoir de l'inconnaissable. Chaque croyante peut ainsi s'appuyer sur la seule protection d'Allah et chercher le savoir plutôt que les rumeurs.

Par carte bancaire, PayPal ou Apple Pay
Livraison offerte pour la France
Assistance par emails 5j/7
Réponse sous 48h
14 jours à réception de votre
colis pour changer d'avis