La sourate Nuh (« Noé »), soixante et onzième chapitre du Coran, est une sourate mecquoise de vingt-huit versets. Entièrement consacrée au prophète Noé, elle ne décrit pas le déluge en détail : elle donne la parole au messager lui-même, qui expose à son Seigneur des années d'efforts, de patience et de déceptions. Elle déroule l'appel lancé de nuit comme de jour, la promesse attachée au pardon, les signes de la création, le refus obstiné d'un peuple, puis une dernière supplication. Notre article sur les prophètes en islam replace Noé dans la chaîne des messagers, et celui sur la sourate Al-Anbiya rappelle l'unité de leur message. Voici les clés pour la lire avec profondeur.
Les douze premiers versets exposent la mission de Noé et la méthode qu'il a suivie : avertir, expliquer, insister, puis varier les manières de convaincre. Ils montrent que la persévérance dans l'invitation fait partie de la foi, même lorsque les résultats se font attendre, et que le pardon demandé à Allah reste la porte toujours ouverte.
Les trois sections suivantes présentent le mandat confié à Noé et ses trois consignes, l'appel mené de jour et de nuit, en public et en secret, puis la promesse faite à ceux qui implorent le pardon de leur Seigneur.

Selon la traduction consultée sur Coran en ligne, le verset 1 rapporte l'ordre adressé à Noé : « Avertis ton peuple, avant que leur vienne un châtiment douloureux ». La mission commence par un avertissement, mais il s'agit d'une mise en garde bienveillante : le but est d'éviter le malheur, non de l'annoncer avec satisfaction.
Noé se présente comme « un avertisseur clair » (verset 2) et formule trois consignes : « Adorez Allah, craignez-Le et obéissez-moi » (verset 3). Adorer Allah seul, Le craindre, puis suivre le messager : ces trois étapes résument la voie de tous les prophètes, qui conduit de l'adoration à la conduite.
Le verset 4 promet un pardon et un délai : « pour qu'Il vous pardonne vos péchés et qu'Il vous donne un délai jusqu'à un terme fixé ». Le texte ajoute que le terme fixé par Allah, lorsqu'il arrive, ne peut être retardé. Le délai est donc une miséricorde, mais il n'est pas indéfini. Dans le Sahih al-Bukhari (n° 3340), Abou Hourayra rapporte, dans le hadith de l'intercession, qu'au Jour de la Résurrection les gens viendront trouver Noé en lui disant qu'il est le premier messager envoyé aux habitants de la terre.
La sourate Al-Ankabut précise (verset 14) que Noé demeura parmi son peuple mille ans moins cinquante. Cette durée donne la mesure de sa patience : l'invitation n'est pas un coup d'éclat, mais une fidélité de toute une vie. Notre article sur la patience en islam en tire des repères concrets pour le quotidien.

Les versets 5 et 6 rapportent la plainte de Noé à son Seigneur : « J'ai appelé mon peuple, nuit et jour », mais « mon appel n'a fait qu'accroître leur fuite ». Le texte ne cache pas l'échec apparent : plus il insistait, plus ils s'éloignaient. La sincérité du messager ne se mesurait donc pas à l'accueil reçu.
Le verset 7 décrit leur attitude : chaque fois que Noé les appelait au pardon, ils se bouchaient les oreilles avec leurs doigts, se couvraient de leurs vêtements, s'obstinaient et s'enflaient d'orgueil. Les gestes sont ceux du refus d'entendre : on ne ferme pas ses oreilles à ce que l'on juge sans importance, mais à ce que l'on redoute de reconnaître.
Noé varie alors ses méthodes : « Ensuite, je les ai appelés ouvertement » (verset 8), puis « des proclamations publiques, et des confidences en secret » (verset 9). Il parle devant tous, puis à chacun en particulier. La leçon est pédagogique : celui qui invite au bien adapte son message au moment, au lieu et à la personne qu'il a devant lui.
Noé n'a pas cherché à forcer les cœurs, mais à multiplier les occasions d'entendre ; le reste appartient à Allah. Notre article sur maîtriser sa langue en islam rappelle que la parole juste suppose aussi de savoir quand et comment parler.

Le verset 10 rapporte la teneur de son discours : « Implorez le pardon de votre Seigneur, car Il est grand Pardonneur ». Les versets suivants annoncent les effets de ce retour : le ciel enverra des pluies abondantes, puis Allah accordera « beaucoup de biens et d'enfants », « des jardins » et « des rivières » (versets 11 et 12).
Ces promesses n'enseignent pas que chaque difficulté matérielle vient d'un péché, ni que le pardon garantit mécaniquement la richesse. Elles montrent que le retour à Allah ouvre des portes que l'entêtement ferme, selon une promesse adressée ici à un peuple précis. Le fruit principal reste le pardon lui-même.
Le Prophète ﷺ a donné l'exemple : dans le Sahih al-Bukhari (n° 6307), Abou Hourayra rapporte qu'il l'a entendu dire qu'il demandait pardon à Allah et se repentait à Lui plus de soixante-dix fois par jour. Notre article sur demander pardon à Allah et celui sur comment se repentir en islam en détaillent la pratique. Trois fruits sont annoncés dans le texte :
La psychologie confirme l'effet apaisant du pardon. En 2001, Charlotte Witvliet, Thomas Ludwig et Kelly Vander Laan ont comparé, auprès de 71 participants, la rumination d'une rancune et l'imagination d'un pardon, dans la revue Psychological Science : la rancune provoquait davantage d'émotions négatives et des hausses plus marquées du rythme cardiaque et de la tension, tandis que le pardon s'accompagnait d'un plus grand sentiment de contrôle. L'étude concerne le pardon accordé aux autres, mais elle illustre combien un cœur libéré allège aussi le corps.
Après l'appel, Noé change de registre : il interroge la conscience de son peuple sur la création, puis expose à son Seigneur le résultat de sa mission. Les versets 13 à 20 invitent à regarder le ciel, la lune, le soleil et la terre, tandis que les versets 21 à 27 décrivent la suite : désobéissance, idoles et sentence.
Les trois sections suivantes présentent les signes de la création (versets 13 à 20), l'attachement aux idoles et l'influence de ceux qui égarent (versets 21 à 24), puis la sentence et la dernière demande de Noé (versets 25 à 27).

Le verset 13 pose une question qui tient lieu d'argument : « Qu'avez-vous à ne pas vénérer Allah comme il se doit, alors qu'Il vous a créés par phases successives? » (versets 13 et 14). Noé ne menace pas ici ; il raisonne, en rappelant à ses interlocuteurs ce qu'ils doivent à Celui qui les a créés étape après étape.
Les versets 15 et 16 élargissent le regard : Allah « a créé sept cieux superposés » et « y a fait de la lune une lumière et du soleil une lampe ». Le texte ne cherche pas à décrire un modèle du cosmos ; il montre que la lumière qui guide les nuits et les jours est un don, non un dû.
Les versets 17 à 20 tournent le regard vers la terre : Allah « vous a fait croître comme des plantes », puis « vous y fera retourner et vous en fera sortir véritablement », et Il « vous a fait de la terre un tapis » pour que vous parcouriez « ses voies spacieuses ». Naissance, mort et résurrection sont évoquées d'un trait, à partir d'une image simple : celle d'une plante qui pousse puis retourne au sol.
La gratitude est ici la réponse attendue. Une manière simple de la pratiquer consiste à suivre quatre étapes de contemplation, en s'inspirant de ces versets :
Cette gratitude s'adresse à Allah seul, et notre article sur le tawhid en explique les fondements, tandis que celui sur qui est Allah présente les noms de Celui que le texte invite à vénérer.

Au verset 21, Noé constate : « ils m'ont désobéi et ils ont suivi celui dont les biens et les enfants n'ont fait qu'accroître la perte ». Le peuple n'a pas suivi le messager, mais des notables dont la fortune et la descendance, loin d'être un signe de faveur, étaient une cause de perte.
Le verset 22 évoque « un immense stratagème » : les puissants poussent les autres à rester fidèles à leurs idoles. Le verset 23 en cite les noms : « N'abandonnez jamais vos divinités et n'abandonnez jamais Wadd, Suwaa, Yagout, Yaouq et Nasr ». Le texte révèle que l'égarement est souvent collectif : on s'encourage mutuellement à ne rien changer.
Dans le Sahih al-Bukhari (n° 4920), Ibn Abbas explique que ces noms étaient ceux d'hommes pieux du peuple de Noé ; après leur mort, Satan inspira aux gens d'ériger des statues en leur mémoire, et c'est lorsque l'origine fut oubliée que ces statues furent adorées. Les idoles ont ainsi commencé par une vénération excessive de la mémoire.
La psychologie sociale éclaire ce mécanisme. Dans les expériences de Solomon Asch, menées dès 1951, des participants devaient comparer la longueur de lignes en présence d'un groupe qui donnait volontairement une réponse fausse : plus d'un tiers des réponses critiques suivaient la majorité, et près des trois quarts des participants se sont alignés au moins une fois. La conformité diminuait nettement lorsqu'un autre participant donnait la bonne réponse. Le verset 24 le rappelle d'une autre manière : ces idoles « ont déjà égaré plusieurs ».
Noé n'a pas bénéficié de ce soutien d'un allié parmi les siens. Le croyant d'aujourd'hui le trouve dans la compagnie des gens de bien, et notre article sur les épreuves en islam rappelle que demeurer seul dans la vérité est l'une d'elles.

Le verset 25 énonce la sentence : « A cause de leurs fautes, ils ont été noyés, puis on les a fait entrer au Feu ». Le texte le dit en une phrase, sans description du déluge : l'accent est mis sur la cause, les fautes, et non sur le spectacle de la catastrophe. Il ajoute qu'ils n'ont trouvé aucun soutien en dehors d'Allah.
Noé formule alors une demande sévère : « Seigneur, ne laisse sur la terre aucun infidèle » (verset 26), car « ils égareront Tes serviteurs et n'engendreront que des pécheurs infidèles » (verset 27). Cette invocation intervient après des siècles de prédication ; la sourate Hud précise qu'il lui avait été révélé que personne d'autre ne croirait parmi son peuple.
Ce n'est donc pas un mouvement d'impatience, mais le constat d'une impasse, après une persévérance totale. Le croyant n'y trouve pas la permission de maudire autrui à la première contrariété ; il y trouve la leçon que la patience a une durée et que le jugement appartient à Allah.
Notre article sur la sourate Al-Araf et celui sur la sourate Yunus reprennent aussi le récit de Noé, dans des sourates qui insistent sur le sort des peuples ayant nié.
La sourate se referme sur une prière qui rappelle que le messager, même après avoir tant donné, reste un serviteur qui demande pardon. Ce dernier verset en constitue le cœur : Noé pense à lui-même, à ses parents, à sa maison et à tous les croyants.
Les deux dernières sections présentent cette invocation (verset 28), puis les enseignements que le croyant peut en retirer aujourd'hui. La vidéo propose ensuite la récitation de la sourate, avant les questions fréquentes.

Le verset 28 conclut : « Seigneur! Pardonne-moi, et à mes père et mère et à celui qui entre dans ma demeure croyante », puis le messager étend sa demande aux croyants et aux croyantes. Le dernier mot de Noé est une demande de pardon, non un bilan de ses mérites.
Noé inclut ses parents dans sa prière : le lien filial se prolonge dans l'invocation, et l'on prie pour ceux qui nous ont élevés. Notre article sur les parents en islam développe ce devoir de bienfaisance.
Il y inclut aussi quiconque entre dans sa demeure en croyant : la maison devient un lieu protégé par la foi. Le texte invite ainsi à faire de son foyer un espace de prière et de paix. Notre article sur la famille en islam en propose des repères.
Enfin, la prière s'achève sur la demande de ne faire croître les injustes qu'en perdition. La dernière parole du messager place pourtant la miséricorde avant la sévérité : il demande d'abord pour lui-même, ses proches et les croyants avant d'évoquer les injustes.

La sourate Nuh enseigne d'abord la persévérance : Noé a appelé de jour et de nuit, en public et en secret, sans que l'absence de résultats ne le détourne de sa mission. Elle enseigne ensuite que le pardon est une porte ouverte : l'istighfar est présenté comme une voie vers la miséricorde et la bénédiction.
Elle apprend aussi à raisonner devant la création : les cieux, la lune, le soleil et la terre sont des signes qui appellent la gratitude. Enfin, elle rappelle que la valeur d'un effort ne se juge pas à son succès apparent, mais à sa sincérité devant Allah.
Chacun peut en faire une résolution simple : continuer un bien même lorsque personne ne s'en réjouit, demander pardon chaque jour et remercier Allah pour ce que l'on reçoit. Ces trois gestes, répétés avec constance, prolongent à leur échelle l'exemple de Noé.
Pour accompagner une lecture sereine de ces versets, un hijab bleu océan, qui évoque l'eau du récit de Noé, convient aux moments de recueillement par sa sobriété et sa douceur.
Pour écouter la sourate avec sa traduction française avant de passer aux questions fréquentes, voici la récitation de Mishary Rashid Alafasy proposée par l'Association Heterre :
Nuh est le nom arabe de Noé : la sourate porte le nom du prophète auquel elle est entièrement consacrée.
Elle compte 28 versets et occupe la soixante et onzième place dans l'ordre du Coran.
Elle est considérée comme mecquoise, révélée avant l'émigration vers Médine.
Il lui reproche de fuir son appel, de se boucher les oreilles par orgueil et de suivre des notables et des idoles plutôt que le messager.
Il annonce que le ciel enverra des pluies abondantes et que des biens, des enfants, des jardins et des rivières seront accordés à ceux qui reviennent à Allah.
Le verset cite cinq noms : Wadd, Suwaa, Yagout, Yaouq et Nasr.
Ibn Abbas explique que ces noms étaient ceux d'hommes pieux du peuple de Noé, dont les statues furent adorées lorsque leur origine fut oubliée.
La sourate Al-Ankabut (verset 14) indique qu'il demeura parmi son peuple mille ans moins cinquante.
Après des siècles d'appel, il constate l'impasse ; la sourate Hud précise qu'il lui avait été révélé que personne d'autre ne croirait.
La persévérance dans l'appel, le recours au pardon et la gratitude devant la création, avec la certitude que le jugement appartient à Allah.
La sourate Nuh enseigne que le messager appelle sans relâche, de nuit comme de jour, que le refus d'un peuple n'ôte rien à la valeur de l'effort et que le pardon demandé à Allah ouvre des portes. Elle invite à contempler les signes de la création, à se garder des idoles que l'on s'encourage à conserver et à terminer sa prière par la miséricorde pour ses parents, sa maison et les croyants. Chaque croyante peut ainsi avancer avec constance, gratitude et espérance.

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