Face aux maux invisibles — mauvais œil, sorcellerie, angoisses inexpliquées —, l'Islam offre un remède spirituel puissant et authentique : la roqya. Loin des pratiques occultes et du charlatanisme, la véritable roqya est une invocation adressée à Allah par le Coran et la Sounna. Cet article vous explique ce qu'elle est réellement, ses fondements, ses règles strictes et la manière de la pratiquer correctement.
Avant d'aborder ses fondements et sa pratique, il est essentiel de définir précisément ce qu'est la roqya, car de nombreuses idées reçues et dérives circulent à son sujet. Bien la comprendre, c'est déjà se prémunir contre les fausses pratiques.
La roqya (رقية) — parfois appelée roqya chariya ou roqya légiférée — désigne la récitation de versets du Coran et d'invocations prophétiques authentiques dans le but de rechercher la protection et la guérison auprès d'Allah. Comme le résume une présentation détaillée de la roqya et de la manière de la pratiquer correctement, elle consiste à chercher la guérison et la protection auprès d'Allah par des paroles permises : versets du Coran, invocations authentiques et formules claires ne contenant aucun élément interdit.

Il est capital de comprendre ce que la roqya n'est pas. Elle n'est pas une magie inverse, ni un rituel mystérieux, ni une pratique occulte. Elle est simplement une demande adressée à Allah, par Sa parole et par la foi sincère. La roqya repose entièrement sur la conviction qu'Allah seul est le Guérisseur, et que le Coran est une source de guérison — les versets récités ne sont que des moyens, la guérison venant exclusivement d'Allah.
La roqya vise principalement à protéger et soigner des atteintes invisibles que l'Islam reconnaît comme réelles. Les trois grandes catégories de maux contre lesquels elle est traditionnellement pratiquée sont les suivantes :
La roqya peut également être pratiquée de manière préventive, comme protection quotidienne, et pas seulement en réaction à un mal déjà présent. Elle apaise le cœur, renforce la foi et place le croyant sous la protection d'Allah.
La roqya n'est pas une invention culturelle ou une pratique folklorique : elle repose sur des fondements clairs dans le Coran et la tradition prophétique. Ces bases textuelles en garantissent la légitimité.
Le Coran affirme lui-même sa vocation de guérison. Allah dit dans la sourate Al-Isra (verset 82) : "Nous faisons descendre du Coran ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants." Ce verset est le fondement central de la roqya : il établit que la parole d'Allah possède, par la permission divine, un pouvoir de guérison spirituelle et parfois physique. Le croyant qui récite le Coran sur lui-même ou sur autrui puise donc directement dans cette miséricorde annoncée.

D'autres versets soulignent cette dimension curative de la révélation. La roqya s'appuie notamment sur des sourates et des versets précis reconnus pour leur puissance protectrice, que le Prophète Mohamed ﷺ lui-même récitait et recommandait.
La Sounna regorge d'exemples montrant le Prophète Mohamed ﷺ pratiquant la roqya. Aïcha (qu'Allah l'agrée) rapporte qu'il récitait sur lui-même, lorsqu'il était malade, les trois dernières sourates protectrices — Al-Ikhlas, Al-Falaq et An-Nas —, soufflait dans ses mains et se les passait sur le corps. Il enseigna également à ses compagnons des invocations spécifiques contre les influences négatives et permit explicitement la roqya tant qu'elle ne contenait aucun élément de shirk (associationnisme).

Le Prophète Mohamed ﷺ a dit : "Il n'y a pas de mal à pratiquer la roqya tant qu'elle ne comporte pas d'associationnisme." (Rapporté par Mouslim). Cette parole pose la condition fondamentale de la roqya légiférée : elle doit être purement tournée vers Allah, sans aucun recours à autre que Lui. Cette recherche de protection divine par l'invocation rejoint l'esprit des douas quotidiennes que le croyant récite pour préserver les siens, un sujet que nous développons dans notre article sur les douas de protection pour la famille en Islam.
La roqya s'appuie sur un ensemble de versets et de sourates spécifiques, reconnus par la tradition pour leur efficacité protectrice et curative. Les connaître permet de pratiquer une roqya conforme et authentique.

Certaines sourates constituent le cœur de toute roqya légiférée. Parmi les plus puissantes et les plus recommandées figurent :
Ces sourates ne sont pas choisies au hasard : elles sont celles que le Prophète Mohamed ﷺ récitait lui-même pour se protéger et qu'il recommandait à sa communauté. La sourate Al-Fatiha, en particulier, fut utilisée par un compagnon pour soigner une personne piquée, ce que le Prophète ﷺ approuva par la suite.
Outre les sourates, la roqya intègre des invocations authentiques rapportées dans les hadiths. Le Prophète Mohamed ﷺ récitait par exemple sur les malades : "Allahoumma Rabba an-nas, adhhib al-ba's, achfi anta ach-Chafi, la chifa'a illa chifa'ouk, chifa'an la youghadirou saqaman" — "Ô Allah, Seigneur des hommes, fais partir le mal, guéris, car Tu es le Guérisseur ; il n'y a de guérison que la Tienne, une guérison qui ne laisse aucune maladie." (Rapporté par Al-Boukhari et Mouslim).
Il est également recommandé de commencer par chercher refuge auprès d'Allah contre le diable (A'oudhou billahi mina-ch-chaytani-r-rajim) et de prononcer la Basmala. Ces invocations, combinées à la récitation des sourates, forment le socle d'une roqya complète et conforme à la Sounna.
C'est le point le plus important de tout ce sujet : distinguer la roqya légiférée, agréée par Allah, des pratiques déviantes qui relèvent du charlatanisme ou même du shirk. Cette distinction protège le croyant de dérives spirituellement dangereuses.
Pour qu'une roqya soit valide et licite, elle doit impérativement respecter plusieurs conditions strictes. Elle doit reposer uniquement sur le Coran, les invocations authentiques et des paroles compréhensibles ne contenant aucun élément interdit. Elle doit être totalement exempte de shirk : aucune invocation adressée à un autre qu'Allah, aucun appel aux djinns, aucune formule occulte ou incompréhensible. Elle doit exclure tout talisman, amulette ou objet censé porter un pouvoir. Enfin, elle repose sur la conviction que la guérison vient d'Allah seul, les versets n'étant que des moyens.
Ces conditions sont non négociables. Une roqya qui s'écarte de ces principes cesse d'être une adoration pour devenir une pratique interdite, potentiellement associationniste. Le croyant doit donc rester extrêmement vigilant.
Malheureusement, le domaine de la roqya attire de nombreux charlatans qui exploitent la détresse des gens. Il faut se méfier de tout "praticien" qui demande des sommes d'argent importantes, qui utilise des formules incompréhensibles, qui réclame des informations étranges (nom de la mère, objets personnels), qui prétend communiquer avec les djinns ou qui recourt à des pratiques non conformes à l'Islam. Ce sont là des signes clairs de déviance et souvent de sorcellerie déguisée.

La roqya authentique est transparente, gratuite ou peu coûteuse, fondée uniquement sur le Coran et les invocations, et pratiquée par une personne pieuse et honnête. Le meilleur raqi (celui qui pratique la roqya) est souvent le croyant lui-même, sur sa propre personne, avec sincérité et confiance en Allah.
L'une des plus belles réalités de la roqya est qu'elle est accessible à tout croyant, sans intermédiaire. Se soigner et se protéger soi-même par la parole d'Allah est non seulement possible, mais fortement encouragé.
Pratiquer la roqya sur soi-même est simple et à la portée de tous. On commence par se mettre en état de pureté rituelle et de recueillement, dans un endroit calme. On formule l'intention sincère de rechercher la guérison et la protection auprès d'Allah. On cherche ensuite refuge auprès d'Allah contre le diable, on prononce la Basmala, puis on récite les sourates de protection — Al-Fatiha, Ayat Al-Koursi, Al-Ikhlas, Al-Falaq et An-Nas — en soufflant légèrement dans ses mains et en se les passant sur le corps, ou en soufflant sur de l'eau que l'on boira ensuite.

La régularité et la sincérité sont les clés de l'efficacité. Réciter ces protections chaque matin et chaque soir, comme le faisait le Prophète Mohamed ﷺ, constitue un rempart quotidien contre les maux visibles et invisibles. La participation active et la foi du croyant renforcent considérablement la portée de la roqya.
Un point essentiel mérite d'être clarifié : la roqya ne remplace jamais la médecine. L'Islam encourage vivement le recours aux traitements médicaux, le Prophète Mohamed ﷺ ayant dit : "Ô serviteurs d'Allah, soignez-vous." (Rapporté par At-Tirmidhi).

La roqya est un remède spirituel qui vient en complément des soins médicaux, non en substitution. Une personne malade doit consulter un médecin tout en pratiquant la roqya : les deux démarches se complètent, l'une traitant le corps, l'autre renforçant l'âme et la protection spirituelle. Confondre les deux ou négliger la médecine au nom de la roqya serait une erreur grave et contraire à l'esprit de l'Islam.
La roqya est la récitation de versets du Coran et d'invocations prophétiques authentiques pour rechercher protection et guérison auprès d'Allah. Elle vise principalement le mauvais œil, la sorcellerie et les troubles liés aux djinns, et repose entièrement sur la parole d'Allah, sans aucun élément occulte.
Oui, la roqya légiférée est pleinement autorisée et même recommandée. Le Prophète Mohamed ﷺ l'a pratiquée et enseignée, à condition qu'elle ne contienne aucun associationnisme. Seules les roqyas déviantes, avec formules occultes ou appel aux djinns, sont interdites.
Absolument. Se pratiquer la roqya à soi-même est non seulement permis mais encouragé. Il suffit de réciter les sourates de protection avec sincérité et foi. Le croyant est souvent le meilleur raqi pour lui-même, sans besoin d'intermédiaire.
Les principales sont Al-Fatiha, Ayat Al-Koursi (Al-Baqara 255), et les trois dernières sourates du Coran : Al-Ikhlas, Al-Falaq et An-Nas. Les derniers versets d'Al-Baqara sont également recommandés, notamment contre la sorcellerie.

Méfiez-vous de celui qui réclame beaucoup d'argent, utilise des formules incompréhensibles, demande le nom de la mère ou des objets personnels, prétend parler aux djinns, ou utilise des talismans. La roqya authentique est transparente, fondée uniquement sur le Coran et les invocations.
Non, jamais. La roqya est un remède spirituel complémentaire, pas un substitut à la médecine. L'Islam encourage à se soigner médicalement. Il faut consulter un médecin tout en pratiquant la roqya : les deux démarches se complètent.
Oui. Réciter quotidiennement les sourates de protection, matin et soir, constitue une protection préventive contre le mauvais œil et les maux invisibles. C'est la pratique que le Prophète Mohamed ﷺ appliquait chaque jour pour se prémunir.
La roqya est un trésor spirituel offert au croyant : la possibilité de se protéger et de se soigner par la parole même d'Allah, sans intermédiaire ni artifice. Authentique lorsqu'elle repose uniquement sur le Coran, les invocations prophétiques et la confiance totale en Allah, elle devient déviante et dangereuse dès qu'elle s'écarte de ces principes pour verser dans l'occulte ou le charlatanisme. Pratiquée avec sincérité, en complément de la médecine et dans le respect des règles islamiques, elle est un rempart précieux contre les maux visibles et invisibles — et surtout, un magnifique rappel que la guérison, en toute chose, ne vient que d'Allah.

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