Sourate Al-Insan : la gratitude qui nourrit, la coupe des vertueux

octobre 12, 2026 11 minutes de lecture

Sourate Al-Insan : la gratitude qui nourrit, la coupe des vertueux

La sourate Al-Insan (« L'Homme »), soixante-seizième chapitre du Coran, compte trente et un versets. Elle porte aussi le nom d'Ad-Dahr, « Le Temps », d'après son premier mot. Les savants la rattachent le plus souvent à Médine, mais d'autres la tiennent pour mecquoise ; les deux avis existent. Elle commence par la naissance de l'homme à partir de rien, distingue ceux qui remercient de ceux qui renient, décrit les serviteurs qui nourrissent le pauvre, l'orphelin et le prisonnier pour le seul visage d'Allah, puis déploie un tableau détaillé du Paradis. Dans le Sahih al-Bukhari (n° 891), Abu Hurayra rapporte que le Prophète ﷺ récitait, à la prière de l'aube du vendredi, les sourates As-Sajda et « Hal ata ala-l-Insan », c'est-à-dire celle-ci. Notre article sur la sourate Ar-Rahman présente une autre sourate de gratitude, et celui sur la sourate Al-Waqia en décrit les catégories de personnes. Voici les clés pour la lire avec rigueur.

L'homme, une épreuve guidée

Les six premiers versets posent le cadre de toute la sourate : l'homme n'était rien, il a été créé pour être mis à l'épreuve, et on lui a montré la voie. À lui de répondre par la gratitude ou par le refus, et ces deux voies mènent à deux issues très différentes.

Les trois sections suivantes présentent l'homme avant qu'il ne soit « une chose mentionnable » aux versets 1 et 2, le choix entre reconnaissance et ingratitude aux versets 3 et 4, puis la coupe de camphre offerte aux vertueux aux versets 5 et 6.

Une chose mentionnable

Dômes blancs et arcades d'une grande mosquée à la lumière dorée de fin de journée

Selon la traduction consultée sur Coran en ligne, le verset 1 pose une question qui invite à l'humilité : « S'est-il écoulé pour l'homme un laps de temps durant lequel il n'était même pas une chose mentionnable ? » Avant de naître, chacun n'était rien dont on puisse parler. Le point de départ de toute vie est un don.

Le verset 2 en donne la raison : « En effet, Nous avons créé l'homme d'une goutte de sperme mélangé [aux composantes diverses] pour le mettre à l'épreuve ». Le verset ajoute que l'homme a été doté de l'ouïe et de la vue, c'est-à-dire des moyens de percevoir et de choisir. Le texte relie la création à une finalité, au lieu de la présenter comme un simple fait biologique.

Cette lecture écarte deux erreurs symétriques. La première est l'orgueil, qui oublie que nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes. La seconde est le désespoir, qui oublie que nous avons été dotés de facultés pour agir. Le croyant se reçoit comme un don et se pense comme un responsable.

Le mot « épreuve » ne désigne pas ici une tragédie mais un test de conduite : que fera l'homme de ce qui lui a été donné ? Notre article sur les épreuves en islam montre que le Coran en distingue plusieurs formes, de la facilité à la difficulté, et que chacune appelle une réponse adaptée.

Reconnaissant ou ingrat

Coran vert posé sur un pupitre en bois, au-dessus d'un tapis de prière à motifs

Le verset 3 énonce le choix : « Nous l'avons guidé dans le chemin, - qu'il soit reconnaissant ou ingrat - ». Allah ne laisse pas l'homme sans repères : Il lui montre la voie, puis lui laisse la responsabilité de la suivre. La guidance précède le choix, et le choix engage la personne tout entière.

Le verset 4 décrit l'issue pour ceux qui refusent : « Nous avons préparé pour les infidèles des chaînes, des carcans et une fournaise ardente. » La sourate pose d'emblée les deux issues, avant de consacrer l'essentiel de son propos à la seconde, plus longue et plus lumineuse. Le texte met ainsi l'accent sur la récompense plutôt que sur la menace.

Les recherches sur la gratitude vont dans le sens d'une attitude qui se cultive. En 2003, Robert Emmons et Michael McCullough ont assigné 192 étudiants à trois groupes (gratitude, contrariétés, événements neutres) dans une expérience publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology. Le groupe qui notait chaque semaine ses sujets de reconnaissance jugeait sa vie plus favorablement, se montrait plus optimiste pour la semaine suivante et rapportait moins de symptômes physiques.

Ces effets sont réels mais limités, et l'étude ne porte pas sur la prière ni sur le Coran. Ils illustrent toutefois qu'être reconnaissant est autant une habitude qu'une émotion. Notre article sur la sourate Ibrahim montre comment la gratitude enracine la foi, et celui sur la sourate Saba la présente comme ce qui garde les bienfaits.

La coupe de camphre

Coran ouvert et chapelets de prière

Le verset 5 ouvre le tableau des récompenses : « Les vertueux boiront d'une coupe dont le mélange sera de camphre ». Le verset 6 précise : « d'une source de laquelle boiront les serviteurs d'Allah et ils la feront jaillir en abondance ». Les réalités du Paradis sont décrites avec des images connues, mais leur nature réelle échappe à toute comparaison.

Cette précision compte. Le texte emploie des mots familiers (coupe, source, fruit, soie) pour parler d'une réalité que personne n'a vue. Les commentateurs rappellent que ces images parlent à l'imagination sans que l'on puisse comparer ce qu'elles désignent à nos expériences ordinaires : on connaît les noms, non la nature de ce qu'ils recouvrent.

Le texte emploie l'expression « serviteurs d'Allah », qui est la plus belle désignation que puisse recevoir un croyant. Ils font jaillir la source eux-mêmes, ce qui suggère qu'ils jouissent d'une abondance maîtrisée. Le mot « vertueux » (abrar) désigne ceux qui ont accompli leurs devoirs envers Allah et envers les hommes, comme le détaillent les versets suivants.

La sourate Al-Waqia, présentée en introduction, décrit elle aussi les breuvages et les fruits promis, en distinguant les degrés de proximité d'Allah. Les deux sourates se complètent : l'une classe les personnes, l'autre dit à quoi se reconnaissent les vertueux.

Nourrir pour le visage d'Allah

La partie centrale de la sourate dit ce qui rend les vertueux dignes de leur récompense. Elle ne parle ni de prodiges ni d'exploits : elle évoque des vœux tenus, une crainte du Jour dernier et des repas partagés avec ceux qui n'ont rien.

Les trois sections suivantes présentent les vœux et la crainte du Jour dernier au verset 7, le geste de nourrir le pauvre, l'orphelin et le prisonnier aux versets 8 et 9, puis la protection et la joie accordées en retour aux versets 10 à 12.

Accomplir ses vœux, redouter un jour

Hommes agenouillés et inclinés pour la prière, à l'intérieur d'un bâtiment

Le verset 7 décrit deux traits des vertueux : « Ils accomplissent leurs voeux et ils redoutent un jour dont le mal s'étendra partout. » Le premier est la fidélité à la parole donnée à Allah, y compris pour ce qu'on s'est imposé à soi-même. Le second est une crainte lucide, qui n'est pas de la panique, mais la conscience d'un jour où personne ne sera à l'abri du mal.

Accomplir ses vœux est une vertu sociale autant que religieuse. Celui qui tient ses engagements envers Allah tient plus facilement ceux qu'il a pris envers les hommes, en famille, au travail ou dans la communauté. Le sérieux dans les petites promesses prépare la fidélité dans les grandes.

La crainte du jour décrit un équilibre spirituel : une personne qui n'a peur de rien se montre téméraire, tandis qu'une personne qui ne fait que craindre se paralyse. La sourate dépeint des serviteurs qui avancent entre les deux, en agissant bien tout en gardant à l'esprit le compte final.

Cette crainte les rend d'autant plus attentifs aux autres. Ils redoutent un jour terrible et, parce qu'ils le redoutent, ils s'occupent de ceux qui souffrent dès aujourd'hui. Notre article sur la patience en islam montre que la constance dans le bien est elle-même une forme de foi.

Le pauvre, l'orphelin et le prisonnier

Livre noir et doré posé sur une chaise en bois brun, sur fond clair

Les versets 8 et 9 décrivent la générosité des vertueux : « et offrent la nourriture, malgré son amour, au pauvre, à l'orphelin et au prisonnier », en disant : « C'est pour le visage d'Allah que nous vous nourrissons : nous ne voulons de vous ni récompense ni gratitude. » L'expression « malgré son amour » se comprend de deux manières selon les commentateurs : malgré l'attachement à la nourriture, ou par amour pour Allah.

Trois bénéficiaires sont nommés, et chacun représente une forme de vulnérabilité :

  • Le pauvre : celui à qui il manque le nécessaire.
  • L'orphelin : celui qui a perdu son soutien et sa protection.
  • Le prisonnier : celui qui est privé de liberté et dépend d'autrui.

Chacune de ces trois figures appelle une attention différente : nourrir le pauvre répond à un besoin immédiat, soutenir l'orphelin suppose une présence dans la durée, et nourrir le prisonnier demande de ne pas détourner le regard de celui que la société met à l'écart. La sourate les réunit pour rappeler que la bienfaisance a plusieurs visages.

La phrase prononcée au verset 9 est remarquable : ils ne demandent ni récompense ni remerciement. Donner sans attendre de gratitude libère à la fois le donateur et le bénéficiaire. Dans le Sahih al-Bukhari (n° 12), Abdallah ibn Amr rapporte qu'on demanda au Prophète ﷺ quelle qualité de l'islam est la meilleure, et qu'il répondit : nourrir les gens et saluer ceux que l'on connaît comme ceux que l'on ne connaît pas.

La science du bien-être s'est penchée sur cet effet. Lara Aknin et ses collègues ont analysé des données portant sur 136 pays : les dépenses faites pour autrui y sont associées à un meilleur niveau de bonheur déclaré, et des expériences menées au Canada et en Ouganda indiquent un effet causal. Ces résultats ne mesurent pas la sincérité devant Allah ; ils montrent seulement que la générosité ne s'oppose pas au bien-être personnel. Notre article sur la sourate An-Nisa développe la justice envers les plus fragiles, et celui sur la sadaqa jariya propose des formes de don qui durent.

Protégés du mal de ce jour

Détail d'un plafond de mosquée à motifs floraux noirs et bruns

Le verset 10 donne la motivation profonde : « Nous redoutons, de notre Seigneur, un jour terrible et catastrophique ». Ces donateurs ne sont pas des hommes insouciants ; leur générosité naît d'une conscience du compte à rendre. La crainte d'Allah, bien comprise, mène à la bienfaisance et non à la peur stérile.

Le verset 11 répond à cette crainte : « Allah les protégera donc du mal de ce jour-là, et leur fera rencontrer la splendeur et la joie ». Ce qu'ils redoutaient devient ce dont ils sont protégés, et le visage qui s'assombrirait de crainte reçoit l'éclat et la joie. La symétrie entre la peur et sa résolution est l'un des charmes du passage.

Le verset 12 ajoute la rétribution : « et les rétribuera pour ce qu'ils auront enduré, en leur donnant le Paradis et des [vêtements] de soie ». Le verbe « enduré » rappelle que l'effort et la patience n'ont pas été vains. Ce qui a coûté en constance ici-bas est compensé là-bas.

Ce lien entre endurance et récompense vaut aussi pour les petits actes : un repas offert, un orphelin soutenu, une visite rendue à celui qui est seul. Notre article sur quand donner la zakat al-fitr rappelle une occasion concrète de nourrir ceux qui sont dans le besoin.

Le Paradis, le Coran graduel, le choix

La suite de la sourate décrit le Paradis avec une précision rare : divans, ombrages, coupes d'argent, sources, vêtements verts. Elle se termine sur une adresse au Prophète ﷺ, qui reçoit le Coran graduellement, et sur la liberté laissée à chacun.

Les deux dernières sections présentent le tableau du Paradis des versets 13 à 22, puis le Coran révélé graduellement, la glorification de nuit et le choix final des versets 23 à 31. La vidéo propose ensuite la récitation, avant les questions fréquentes.

Des ombrages, des coupes et Salsabil

Bâtiment de style islamique aux nombreuses arches

Le verset 13 dépeint le repos des élus : « ils y seront accoudés sur des divans, n'y voyant ni soleil ni froid glacial ». Le verset 14 ajoute que « ses ombrages les couvriront de près, et ses fruits inclinés bien bas [à portée de leurs mains] ». Rien n'y est pénible ni lointain : l'ombre est proche et les fruits sont à portée de main.

Les versets 15 et 16 évoquent « des récipients d'argent et des coupes cristallines », et le verset 17 une nouvelle boisson « dont le mélange sera de gingembre », puisée, selon le verset 18, à « une source qui s'appelle Salsabil ». Le texte emploie des images raffinées pour dire une douceur parfaite, sans mention de fatigue ni d'excès.

Le verset 19 ajoute : « Quand tu les verras, tu les prendras pour des perles éparpillées », et le verset 20 : « tu verras un délice et un vaste royaume ». Le verset 21 mentionne des vêtements verts de satin et de brocart et des bracelets d'argent. Le verset 22 conclut : « Cela sera pour vous une récompense, et votre effort sera reconnu. » La reconnaissance de l'effort est la dernière parole de cette scène.

Ce tableau est une consolation pour ceux qui ont tenu dans la difficulté : il ne dit pas que tout sera facile ici-bas, mais que rien de ce qui a été enduré n'est oublié. La sourate Ar-Rahman, évoquée en introduction, invite elle aussi à la gratitude devant tant de bienfaits annoncés.

Endure, invoque, prosterne-toi

Dômes blancs surmontés de pointes dorées d'une grande mosquée

Le verset 23 s'adresse au Prophète ﷺ : « En vérité c'est Nous qui avons fait descendre sur toi le Coran graduellement. » Le verset 24 en tire une consigne : « Endure donc ce que ton Seigneur a décrété, et n'obéis ni au pécheur, parmi eux, ni au grand mécréant. » L'endurance et le refus de la complaisance sont ensemble recommandés.

Les versets 25 et 26 indiquent comment tenir : « Et invoque le nom de ton Seigneur, matin et après-midi ; et prosterne-toi devant Lui une partie de la nuit ; et glorifie-Le de longues [heures] pendant la nuit. » Quatre appuis se dégagent de ce programme, que l'on peut transposer à l'échelle de chacun :

  1. Invoquer Allah le matin, au début de la journée.
  2. L'invoquer à nouveau l'après-midi, pour ne pas se laisser happer.
  3. Se prosterner une partie de la nuit, par une prière même brève.
  4. Glorifier Allah longuement la nuit, selon sa capacité.

Notre article sur chafaa et witr présente une manière simple de prier la nuit, et celui sur la sourate Al-Muzzammil développe le même programme de veillée. Pour accompagner ces moments, un hijab bleu marine, sobre et facile à porter, convient aux prières de la journée comme de la nuit.

Les versets 27 à 31 concluent : « Ces gens-là aiment [la vie] éphémère » et laissent derrière eux un jour lourd, alors que « C'est Nous qui les avons créés ». Le verset 29 laisse le choix : « Ceci est un rappel. Que celui qui veut prenne donc le chemin vers son Seigneur ! » Le verset 30 précise que nul ne veut à moins qu'Allah ne veuille, et le verset 31 que Dieu fait entrer qui Il veut dans Sa miséricorde, tandis qu'un châtiment douloureux est préparé pour les injustes.

Pour écouter la sourate avec sa traduction française, voici la récitation de Mishary Rashid Alafasy proposée par la chaîne Lumière :

Questions fréquentes sur la sourate Al-Insan

Que signifie le nom Al-Insan ?

Il signifie « L'Homme » : la sourate s'ouvre sur la création de l'homme et sur la responsabilité qui l'accompagne.

Pourquoi cette sourate s'appelle-t-elle aussi Ad-Dahr ?

Ad-Dahr signifie « Le Temps » et correspond au mot par lequel débute le premier verset.

Combien de versets compte la sourate Al-Insan ?

Elle compte 31 versets et occupe la soixante-seizième place dans l'ordre du Coran.

La sourate Al-Insan est-elle mecquoise ou médinoise ?

Les savants divergent : beaucoup la rattachent à Médine, d'autres à la Mecque.

Que récitait le Prophète ﷺ le vendredi à l'aube ?

Selon le hadith de Boukhari n° 891, il récitait As-Sajda et « Hal ata ala-l-Insan », c'est-à-dire cette sourate.

Que signifie « reconnaissant ou ingrat » au verset 3 ?

Allah a montré le chemin à l'homme, qui reste libre de le suivre avec gratitude ou de le refuser.

Qui sont les bénéficiaires cités aux versets 8 et 9 ?

Le pauvre, l'orphelin et le prisonnier, nourris par les vertueux pour le seul visage d'Allah.

Que signifie « malgré son amour » au verset 8 ?

Selon les commentateurs, malgré l'attachement à la nourriture ou par amour pour Allah.

Qu'est-ce que Salsabil ?

C'est le nom d'une source du Paradis, citée au verset 18.

Quel est l'enseignement principal de la sourate Al-Insan ?

L'homme est créé pour être mis à l'épreuve et guidé, et ceux qui remercient et nourrissent les autres pour Allah recevront la joie et la protection.

La gratitude qui nourrit et protège

La sourate Al-Insan enseigne que l'homme, venu de rien, a reçu l'ouïe, la vue et un chemin à suivre, et qu'il lui revient de choisir entre la gratitude et l'ingratitude. Elle montre que les vertueux tiennent leurs engagements, craignent le jour du compte et nourrissent le pauvre, l'orphelin et le prisonnier sans rien attendre, et qu'ils reçoivent en retour protection, joie et reconnaissance de leur effort. Qu'elle vous encourage à remercier chaque jour et à donner, même modestement, pour le seul visage d'Allah.

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