La sourate Al-Waqia (« L'Événement »), cinquante-sixième chapitre du Coran, est une sourate mecquoise de quatre-vingt-seize versets. Elle décrit sans détour le Jour du Jugement, répartit les êtres humains en trois catégories, invite à observer les signes de la création dans la semence, la récolte, l'eau et le feu, puis affirme la noblesse du Coran et la vérité de la mort. Notre article sur la sourate Al-Mulk aborde lui aussi la mort et la royauté divine, et celui sur le nombre de sourates situe ce chapitre dans l'ensemble du Livre. Voici les clés pour la lire avec profondeur.
La sourate s'ouvre sur un fait présenté comme certain : le Jugement arrivera, et personne n'en contestera la venue. Le ton est solennel, sans argumentation préalable, parce que le texte décrit ce que chacun constatera, non ce qu'il faudrait démontrer.
Ce début annonce le plan de toute la sourate : un bouleversement du monde, puis la séparation des hommes en trois groupes. Les deux sections suivantes présentent d'abord les secousses de la terre, puis les trois catégories annoncées au verset 7.

Selon la traduction consultée sur Coran en ligne, le verset 1 déclare : « Quand l'événement (le Jugement) arrivera, » et le verset 2 poursuit : « nul ne traitera sa venue de mensonge. » Le mot choisi pour désigner le Jugement signifie littéralement ce qui va inévitablement se produire. Rien dans la formule ne laisse place au doute.
Le verset 3 énonce un renversement : « Il abaissera (les uns), il élèvera (les autres). » Ce jour-là, les rangs de ce monde, la fortune, la notoriété ou la force n'ont plus cours. Seule compte la place que les actes ont méritée auprès d'Allah, et cette hiérarchie surprend ceux qui avaient mesuré leur valeur à l'aune des apparences.
Les versets 4 à 6 décrivent le cadre cosmique : « Quand la terre sera secouée violemment, et les montagnes seront réduites en miettes, et qu'elles deviendront poussière éparpillée ». Les montagnes, symboles de stabilité, se désagrègent. L'image rappelle que rien de ce qui paraît solide ici-bas n'est éternel, ce qui invite à relativiser ce que l'on tient pour inébranlable.
Dans le Jami' at-Tirmidhi (n° 3297), Abou Bakr fait remarquer au Prophète ﷺ qu'il a blanchi, et celui-ci répond que Hud, Al-Waqia, Al-Moursalat, ‘Amma yatasa'alun et Idha ach-chamsou kouwwirat l'ont fait blanchir. Ce hadith, classé authentique dans l'édition consultée, souligne le poids de ces textes qui parlent de la résurrection. Notre article sur la sourate Qaf traite du même thème.

Le verset 7 annonce : « alors vous serez trois catégories : ». Le verset 8 présente la première : « les gens de la droite - que sont les gens de la droite? », le verset 9 la deuxième : « Et les gens de la gauche - que sont les gens de la gauche? ». Dans les deux cas, la question posée à deux reprises exprime l'étonnement devant l'ampleur de leur sort, heureux ou malheureux.
Le verset 10 introduit la troisième : « Les premiers (à suivre les ordres d'Allah sur la terre) ce sont eux qui seront les premiers (dans l'au-delà) ». L'ordre du dernier jour reproduit celui de la vie : ceux qui se sont empressés vers le bien ici-bas sont à l'avant-garde là-bas. Le texte ne récompense pas seulement l'effort, il récompense l'empressement.
Le verset 11 ajoute : « Ce sont ceux-là les plus rapprochés d'Allah », et le verset 12 les situe « dans les Jardins des délices, ». Selon de nombreux commentateurs, ces « premiers » sont ceux qui devancent les autres dans l'obéissance et les bonnes œuvres, y compris les prophètes et les croyants les plus sincères. Leur rapprochement est présenté comme la plus haute récompense.
Cette tripartition invite chacun à se situer sans anxiété excessive ni fausse assurance. Elle rappelle que la voie des « premiers » commence par les piliers de la foi, que notre article sur les 5 piliers de l'islam présente, et par la régularité plus que par l'éclat. Chaque pas vers le bien, même modeste, rapproche de la première catégorie.
Au centre de la sourate, le Coran déploie la description détaillée du sort de chaque groupe : le rapprochement des premiers, la sérénité des gens de la droite, la souffrance des gens de la gauche. Les images sont concrètes, pensées pour toucher à la fois le cœur et l'imagination.
Les trois sections suivantes présentent les rapprochés dans les jardins, l'ombre étendue des gens de la droite, puis le luxe qui a endormi les gens de la gauche et le repas qui les attend.

Les versets 13 et 14 précisent leur nombre : « une multitude d'élus parmi les premières [générations], et un petit nombre parmi les dernières [générations], ». Les commentateurs ont longuement discuté de ce passage et de sa relation avec les versets 39 et 40, qui annoncent aux gens de la droite une multitude aussi bien parmi les premières que parmi les dernières générations.
Les versets 15 à 26 dressent un tableau de ce séjour. Le texte insiste sur la sérénité et sur la pureté de la parole, plus que sur le faste. On peut retenir les éléments suivants, tels que le Coran les décrit :
Le verset 24 donne la clé de ces récompenses : « en récompense pour ce qu'ils faisaient. » Le jardin est donc le fruit d'une vie, non d'un hasard. Le détail le plus parlant est peut-être celui de la parole : au lieu des disputes et des paroles vaines qui fatiguent le monde présent, on n'y entend que « Salam! Salam! ».
Notre article sur la sourate Ar-Rahman décrit lui aussi ces jardins et leurs bienfaits. Le croyant peut y puiser une motivation à soigner sa parole dès maintenant, puisque la sérénité que le Paradis promet commence, en petit, par la douceur du langage quotidien.

Le verset 27 reprend l'interrogation : « Et les gens de la droite; que sont les gens de la droite? » Les versets 28 à 33 décrivent alors leur séjour : « des jujubiers sans épines, et parmi des bananiers aux régimes bien fournis, dans une ombre étendue [près] d'une eau coulant continuellement, et des fruits abondants ni interrompus ni défendus ». Les éléments sont simples : de l'ombre, de l'eau, des fruits.
Cette sobriété est remarquable. Là où l'imaginaire humain associe volontiers le bonheur à l'extraordinaire, le texte choisit des biens que l'auditeur mecquois, vivant dans un climat aride, savait sans doute précieux : l'ombre contre la chaleur, l'eau qui ne s'arrête pas, des fruits que rien n'interrompt. Le Paradis y est présenté comme la fin du manque.
Le mot « sans épines » est lui aussi significatif. Le jujubier ordinaire est épineux ; celui du Paradis offre ses fruits sans meurtrir. Le verset 33 précise que les fruits ne sont ni « interrompus ni défendus », c'est-à-dire ni limités par une saison, ni interdits comme certains biens le sont ici-bas.
Les versets 39 et 40 concluent cette section : « une multitude d'élus parmi les premières [générations], et une multitude d'élus parmi les dernières [générations], ». La promesse faite aux gens de la droite est large : elle concerne un grand nombre de croyants de toutes les époques. Notre article sur comment se repentir en islam montre que cette voie reste ouverte à celui qui revient.

Le verset 41 ouvre le volet sombre : « Et les gens de la gauche; que sont les gens de la gauche? ». Les versets 42 à 44 décrivent leur sort : « ils seront au milieu d'un souffle brûlant et d'une eau bouillante, à l'ombre d'une fumée noire ni fraîche, ni douce. » Chaque élément est l'inverse de ce qui précède : l'ombre y est une fumée, l'eau y est bouillante.
Le verset 45 en donne la cause profonde : « Ils vivaient auparavant dans le luxe. » Le texte ne condamne pas la richesse en soi, mais l'insouciance qu'elle peut engendrer. Le verset 46 précise que ces personnes persistaient « dans le grand péché [le polythéisme] » et, au verset 47, niaient la résurrection : « Quand nous mourrons et serons poussière et ossements, serons-nous ressuscités? »
La psychologie décrit un mécanisme proche de cette insouciance. Dans une étude classique publiée en 1978, Philip Brickman et ses collègues ont comparé des gagnants de loterie à des personnes n'ayant rien gagné : les premiers ne se déclaraient pas sensiblement plus heureux et prenaient moins de plaisir aux petits événements du quotidien. C'est l'adaptation hédonique : l'abondance cesse de réjouir et émousse l'attention à ce qui compte.
Les versets 49 à 56 répondent aux sceptiques : tous seront réunis « pour le rendez-vous d'un jour connu », et ceux qui ont traité la résurrection de mensonge mangeront « d'un arbre de Zaqqoum », puis boiront « de l'eau bouillante ». Le verset 56 résume : « Voilà le repas d'accueil qui leur sera servi, au jour de la Rétribution. » Le contraste avec l'accueil des rapprochés est voulu et saisissant.
Après les scènes de l'au-delà, la sourate revient à ce que chacun peut constater : la naissance, la culture de la terre, l'eau, le feu. Le texte pose quatre fois la même question, qui est de savoir qui est à l'origine de ces réalités familières.
Les trois dernières sections présentent ces signes de la création, la noblesse du Coran, puis la scène de l'âme qui remonte à la gorge. La vidéo propose ensuite la récitation de la sourate, avant les questions fréquentes.

Le verset 57 lance l'argument : « C'est Nous qui vous avons créés. Pourquoi ne croiriez-vous donc pas [à la résurrection]? » Les versets 58 et 59 interrogent sur l'origine de l'être humain, puis le verset 62 rappelle : « Vous avez connu la première création. Ne vous rappelez-vous donc pas? » Si la première création a eu lieu, la seconde n'est pas plus difficile.
Viennent ensuite trois observations du quotidien. Le verset 63 : « Voyez-vous donc ce que vous labourez? », le verset 64 : « Est-ce vous qui le cultivez? ou [en] sommes Nous le cultivateur? ». Le laboureur prépare le sol et sème, mais ni la croissance du grain ni la pluie ne dépendent de lui. Le verset 65 évoque ce qui arriverait si Allah le réduisait en débris.
Le verset 68 poursuit : « Voyez-vous donc l'eau que vous buvez? » et le verset 70 : « Si Nous voulions, Nous la rendrions salée. Pourquoi n'êtes-vous donc pas reconnaissants? ». Une étude de Lawrence Armstrong et de ses collègues, publiée en 2012 dans le Journal of Nutrition, a observé qu'une déshydratation légère, d'environ 1,4 % de la masse corporelle, suffisait à dégrader l'humeur et la concentration de jeunes femmes. L'eau est un bien dont on mesure la valeur lorsqu'elle manque.
Le verset 71 ajoute le feu que l'on obtient par frottement, que le verset 73 présente comme « un rappel (de l'Enfer), et un élément utile pour ceux qui en ont besoin ». Le verset 74 en tire la conclusion : « Glorifie donc le nom de ton Seigneur, le Très Grand! » Le texte lie ainsi l'observation à la gratitude, puis la gratitude à la louange. Une routine simple peut en découler :
Le texte ne reproche pas à l'être humain de profiter des bienfaits, il lui reproche de ne pas y voir un don. La gratitude, ici, n'est pas une formule polie : elle est la reconnaissance que la subsistance vient d'ailleurs que de soi. Notre article sur la sourate Ar-Rum développe un argument voisin autour de la terre ranimée.

Le verset 75 introduit un serment : « Non! Je jure par les positions des étoiles (dans le firmament). » Le verset 76 en souligne la gravité : « Et c'est vraiment un serment solennel, si vous saviez. » Allah jure par un ordre cosmique que le regard peut contempler, pour attester la valeur du texte qui va être mentionné.
Le verset 77 énonce l'objet du serment : « Et c'est certainement un Coran noble, », et le verset 78 précise : « dans un Livre bien gardé ». Le Coran est qualifié de noble, et sa conservation est présentée comme voulue par Allah. Cette garantie fonde la confiance du croyant dans le texte qu'il récite. Notre article sur qui a écrit le Coran aborde cette question de la transmission.
Le verset 79 déclare : « que seuls les purifiés touchent; ». Selon plusieurs commentateurs, les « purifiés » désignent d'abord les anges, qui touchent le Livre bien gardé auprès d'Allah ; d'autres y voient aussi une indication sur le respect dû au Coran. Notre article sur les anges en islam présente leur rôle, et celui sur la lecture sans ablutions expose les avis sur cette question pratique.
Le verset 80 précise la provenance : « C'est une révélation de la part du Seigneur de l'Univers. » Les versets 81 et 82 interrogent : « Est-ce ce discours-là que vous traitez de mensonge? » et « Et est-ce pour vous [une façon d'être reconnaissant] à votre subsistance que de traiter (le Coran) de mensonge? ». Le texte rapproche la subsistance et le Coran : nier la révélation, c'est une forme d'ingratitude envers Celui qui donne.

Le verset 83 décrit l'instant de la mort : « Lorsque le souffle de la vie remonte à la gorge (d'un moribond), ». Le verset 84 ajoute : « et qu'à ce moment là vous regardez, » et le verset 85 : « et que Nous sommes plus proche de lui que vous [qui l'entourez] mais vous ne [le] voyez point. » Les proches regardent, impuissants ; la proximité d'Allah, elle, est totale.
Les versets 86 et 87 lancent un défi : « Pourquoi donc, si vous croyez que vous n'avez pas de compte à rendre, ne la faites-vous pas revenir [cette âme], si vous êtes véridiques? » Face à la mort, la puissance humaine s'arrête. Cette limite rappelle que la vie n'est pas une possession et qu'elle appelle une réponse. Notre article sur accepter le destin en islam prolonge cette réflexion.
Les versets 88 à 94 reprennent les trois catégories : aux rapprochés, « du repos, de la grâce et un Jardin de délices » ; aux gens de la droite, « Paix à toi » ; à ceux qui ont traité la résurrection de mensonge, « une eau bouillante » et la Fournaise. Le verset 95 conclut : « C'est cela la pleine certitude. » Le verset 96 renvoie à la louange : « Glorifie donc le nom de ton Seigneur, le Très Grand! »
La psychologue Laura Carstensen et ses collègues ont montré en 1999, avec la théorie de la sélectivité socio-émotionnelle, que la perception d'un temps limité déplace les priorités vers ce qui a le plus de sens : les liens proches, les valeurs, les actes qui comptent. Le rappel de la mort dans la sourate remplit cette fonction : il aide à trier l'essentiel. Pour accompagner ces moments de recueillement, une abaya Bleu Nuit sobre peut convenir.
Pour écouter la sourate avec sa traduction française, voici la récitation de Mishary Rashid Alafasy proposée par la chaîne Lumière :
Al-Waqia signifie l'Événement, c'est-à-dire le Jugement dont la venue ouvre la sourate au verset 1.
Elle compte 96 versets et occupe la cinquante-sixième place dans l'ordre du Coran.
Oui, elle est considérée comme mecquoise, révélée avant l'émigration vers Médine.
Ce sont les premiers (les plus rapprochés d'Allah), les gens de la droite et les gens de la gauche, présentés aux versets 7 à 12.
Il contient un serment : « Non! Je jure par les positions des étoiles (dans le firmament). »
Selon plusieurs commentateurs, il s'agit d'abord des anges qui touchent le Livre bien gardé, certains y voyant aussi une indication sur le respect dû au Coran.
Le Prophète ﷺ a dit que Hud, Al-Waqia, Al-Moursalat, ‘Amma yatasa'alun et Idha ach-chamsou kouwwirat l'avaient fait blanchir.
Ce récit, rapporté notamment par Al-Bayhaqi, est jugé faible par plusieurs spécialistes du hadith, et il ne faut donc pas lui attribuer une promesse certaine.
Il affirme qu'Allah est plus proche du moribond que ceux qui l'entourent, même s'ils ne Le voient pas.
Le Jugement est certain : le croyant observe les signes de la création, reste reconnaissant et s'efforce d'être parmi les premiers vers le bien.
La sourate Al-Waqia enseigne que le Jugement ne sera pas démenti, que chaque être humain sera placé selon ses actes et que les bienfaits du quotidien, l'eau, la terre, le feu, sont des signes à reconnaître avec gratitude. Elle invite à préférer l'empressement vers le bien à l'insouciance du luxe, à honorer le Coran noble et à glorifier le nom d'Allah. Chaque croyante peut ainsi vivre avec lucidité et confiance.

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