Comment faire salat chafaa et witr ?

juillet 24, 2026 9 minutes de lecture

Comment faire salat chafaa et witr ?

Après la prière de l'Icha, la nuit du croyant se referme sur deux prières précieuses : le chafaa, prière paire, et le witr, prière impaire qui clôture les adorations nocturnes. Fortement recommandées par le Prophète Mohamed ﷺ, elles sont pourtant méconnues de nombreux musulmans. Ce guide complet vous explique leur signification, leur moment, leur déroulement précis et les sourates à y réciter.

Chafaa et witr : de quoi parle-t-on exactement ?

Avant d'entrer dans le déroulement pratique de ces deux prières, il est essentiel de comprendre ce qu'elles représentent, leur statut dans la religion et la place qu'elles occupent parmi les prières surérogatoires.

Trois femmes en hijab levant les mains en invocation dans un intérieur

Définition des deux prières

Le mot chafaa (شفع) signifie "pair" en arabe, tandis que witr (وتر) signifie "impair". Ces deux termes décrivent précisément la structure de ces prières : le chafaa se compose de deux unités de prière (rak'at), tandis que le witr se compose d'une seule unité, qui vient rendre impair le total des prières accomplies durant la nuit.

Groupe de femmes et d’enfants en hijab debout en rang pendant la prière

Cette notion d'imparité n'est pas anodine. Le Prophète Mohamed ﷺ a dit : "Certes Allah est impair et Il aime ce qui est impair." (Rapporté par Al-Boukhari et Mouslim). Le witr est donc la prière qui "boucle" les adorations nocturnes en leur donnant ce caractère impair aimé d'Allah. C'est pourquoi le Prophète ﷺ a également recommandé : "Faites en sorte que la dernière de vos prières de la nuit soit le witr." (Al-Boukhari et Mouslim). Le chafaa, quant à lui, est la prière paire qui précède immédiatement le witr et le prépare.

Un statut fortement recommandé

Le chafaa et le witr ne font pas partie des cinq prières obligatoires. Ils appartiennent à la catégorie des prières surérogatoires fortement recommandées (sounna mouakkada). Leur importance est cependant considérable : le Prophète Mohamed ﷺ ne délaissait jamais le witr, même en voyage, ce qui témoigne de son attachement exceptionnel à cette prière.

Groupe de femmes en hijab prosternées pendant la prière dans une mosquée

Les savants ont souligné cette importance avec force. L'imam Ibn Taymiyya a affirmé que la prière la plus méritoire après les prières obligatoires est la prière de nuit, et que le witr en est l'élément le plus appuyé, au point qu'il ne convient à personne de le délaisser. L'imam Ahmad allait jusqu'à considérer comme irrecevable le témoignage de celui qui abandonnait volontairement le witr — non pas parce qu'il serait obligatoire, mais parce que son délaissement systématique révèle une négligence grave envers la Sounna. Ces positions montrent que, sans être un péché, l'abandon du witr prive le croyant d'un bien immense.

Quand accomplir le chafaa et le witr ?

La question du moment est essentielle pour ces deux prières, car leur plage horaire est précise et la Sounna offre des indications claires sur le meilleur moment pour les accomplir.

La plage horaire : entre l'Icha et le Fajr

Le temps du chafaa et du witr s'étend de la fin de la prière de l'Icha jusqu'à l'entrée du Fajr (l'aube). Comme le rappelle un guide consacré à cette prière, le witr s'accomplit à partir de la prière de l'Icha et pas avant — soit directement après cette prière obligatoire, soit plus tard lorsqu'on se rapproche de l'aube. Toute la nuit est donc ouverte pour ces prières, ce qui offre une grande souplesse au croyant.

Gros plan d’une femme portant un hijab rose à motifs avec le regard baissé

Si l'on n'a pas pu les accomplir avant de dormir — par fatigue ou par oubli —, il est possible de les faire au réveil, à condition que ce soit avant l'entrée du Fajr. Passé ce délai, le temps du witr est écoulé pour la nuit concernée, même si les savants permettent de le rattraper dans la journée sous une forme paire.

Le meilleur moment selon la Sounna

Le Prophète Mohamed ﷺ a donné une règle d'une grande sagesse pour choisir le moment idéal. D'après Jabir (qu'Allah l'agrée), il a dit : "Celui qui craint de ne pas se lever à la fin de la nuit, qu'il fasse le witr au début de la nuit. Et celui qui espère se lever à la fin de la nuit, qu'il fasse le witr à la fin de la nuit, car la prière de la fin de la nuit a des témoins, et cela est meilleur." (Rapporté par Mouslim).

Femme en tenue de prière rose prosternée sur un tapis de prière

La règle est donc simple et adaptée à chacun. Celui qui est sûr de se réveiller avant l'aube a intérêt à retarder son witr, car le dernier tiers de la nuit est un moment béni où Allah exauce les invocations. Celui qui doute de son réveil doit prier le chafaa et le witr avant de dormir, par prudence. Les deux compagnons Abou Bakr et Omar (qu'Allah les agrée) illustraient ces deux approches : le premier priait son witr avant de dormir par prudence, le second à la fin de la nuit par détermination — et le Prophète ﷺ approuva les deux.

Comment accomplir le chafaa : déroulement pas à pas

Le chafaa se déroule comme toute prière de deux unités. Si vous débutez dans la pratique, notre guide détaillé sur la manière de faire la prière en Islam vous donnera toutes les bases nécessaires avant d'aborder ces prières surérogatoires.

Les étapes du chafaa

Après avoir accompli ses ablutions et s'être orienté vers la qibla, le croyant formule dans son cœur l'intention de prier le chafaa — sans la prononcer à voix haute. Le déroulement suit ensuite l'ordre classique de toute prière de deux rak'at :

  • Le takbir d'ouverture (Allahou Akbar), suivi de la récitation de la Fatiha puis d'une sourate dans la première unité
  • L'inclinaison (roukou'), le redressement, puis les deux prosternations (soujoud) séparées par une position assise
  • La deuxième unité sur le même modèle, conclue par le tachahoud complet et les salutations finales (taslim)

Le chafaa se termine donc par un salut final complet, exactement comme la prière du Fajr. C'est une prière autonome à part entière, après laquelle on se relève pour accomplir le witr séparément.

Les sourates recommandées dans le chafaa

La Sounna rapporte des sourates spécifiques que le Prophète Mohamed ﷺ récitait dans ces unités. D'après Oubay ibn Ka'b (qu'Allah l'agrée), le Prophète ﷺ récitait dans la première unité la sourate Al-A'la ("Sabbihi isma Rabbika-l-a'la", sourate 87) et dans la deuxième la sourate Al-Kafiroun ("Qoul ya ayyouha-l-kafiroun", sourate 109). Ce hadith est rapporté par An-Nassaï et authentifié par les spécialistes.

Femme portant un hijab noir levant les mains en invocation devant une fenêtre

Ces sourates ne sont toutefois pas obligatoires. Celui qui ne les a pas mémorisées peut réciter, après la Fatiha, n'importe quelle sourate qu'il connaît — y compris la sourate Al-Ikhlas dans chaque unité. L'essentiel est la validité de la prière, et la récitation des sourates prophétiques relève de la perfection, non de la condition.

Comment accomplir le witr : déroulement pas à pas

Le witr est la prière d'une seule unité qui clôture la nuit. Sa simplicité apparente cache plusieurs particularités précieuses qu'il convient de connaître.

L'unité unique du witr

Après le salut final du chafaa, le croyant se relève et formule l'intention de prier le witr. Il accomplit alors une seule rak'at complète : takbir d'ouverture, récitation de la Fatiha suivie d'une sourate, inclinaison, redressement, deux prosternations, tachahoud et salut final. C'est la prière la plus courte de l'Islam dans sa forme, mais l'une des plus grandes dans son mérite.

Concernant la récitation, le Prophète Mohamed ﷺ récitait dans le witr la sourate Al-Ikhlas ("Qoul houwa Allahou ahad", sourate 112). Certains rapports ajoutent qu'il y joignait parfois les sourates Al-Falaq (113) et An-Nass (114). Réciter ces trois sourates protectrices dans l'unité du witr est donc conforme à la Sounna, tout comme se limiter à Al-Ikhlas seule.

L'invocation du qounout

Le witr comporte une particularité précieuse : l'invocation du qounout. Il s'agit d'une invocation que l'on peut formuler dans la dernière unité, soit avant l'inclinaison après la récitation, soit après le redressement de l'inclinaison, les mains levées. Le Prophète Mohamed ﷺ a enseigné à son petit-fils Al-Hassan (qu'Allah l'agrée) une formule spécifique pour ce moment : "Allahoumma-hdini fiman hadayt...""Ô Allah, guide-moi parmi ceux que Tu as guidés, préserve-moi parmi ceux que Tu as préservés..." (Rapporté par Abou Dawoud et At-Tirmidhi).

Femme en tenue de prière blanche inclinée sur un tapis de prière

Le qounout n'est pas une condition de validité du witr — la prière est parfaitement valide sans lui. Mais il constitue un moment d'intimité exceptionnel avec Allah, particulièrement au cœur de la nuit, où le croyant peut également ajouter ses invocations personnelles dans sa propre langue après la formule prophétique. Après le salut final du witr, la Sounna recommande de dire trois fois "Soubhana-l-Maliki-l-Qouddous""Gloire au Roi, le Très Saint" — en élevant la voix à la troisième répétition.

Les différentes formes possibles du witr

La pratique du chafaa suivi du witr en une unité séparée n'est pas la seule forme rapportée dans la Sounna. Connaître la souplesse offerte par les textes permet à chacun d'adapter sa pratique.

Un nombre d'unités variable

Le Prophète Mohamed ﷺ a lui-même indiqué la grande souplesse de cette prière. Il a dit : "Le witr est vrai ; quiconque veut le limiter à cinq peut le faire, quiconque veut le limiter à trois peut aussi le faire, et quiconque veut se contenter d'une seule rak'at peut encore le faire." (Rapporté par At-Tahawi et Al-Hakim, authentifié par Al-Albani). Il est même rapporté qu'il a accompli le witr en treize, onze, neuf, sept, cinq, trois et une unités selon les nuits.

Femme portant un hijab mauve levant les mains en invocation avec un chapelet

La forme la plus répandue — deux rak'at de chafaa suivies d'une rak'at de witr, soit trois unités au total — correspond à la pratique minimale complète recommandée. Celui qui souhaite allonger sa prière de nuit peut multiplier les paires de rak'at avant de conclure par l'unité impaire. Celui qui est pressé ou fatigué peut se contenter d'une seule rak'at de witr : sa nuit sera tout de même clôturée par l'imparité aimée d'Allah.

Trois unités : deux manières valides

Pour celui qui prie trois unités, deux formes sont rapportées et validées par les savants. La première consiste à prier deux rak'at avec salut final (le chafaa), puis une rak'at séparée (le witr) — c'est la forme la plus recommandée par de nombreux savants, car elle distingue clairement les deux prières. La seconde consiste à enchaîner les trois rak'at d'un seul tenant, avec un seul tachahoud final et un seul salut, sans s'asseoir après la deuxième unité — afin de ne pas ressembler à la prière du Maghrib, ce que le Prophète ﷺ a explicitement déconseillé.

Femme portant un hijab mauve assise en prière, tenant un chapelet entre ses mains

Ces deux formes sont valides, et le croyant peut alterner entre elles. L'essentiel est d'éviter de calquer le witr de trois unités sur la structure exacte du Maghrib, avec ses deux tachahoud.

FAQ — Questions fréquentes sur le chafaa et le witr

1. Le chafaa et le witr sont-ils obligatoires ?

Non, ce sont des prières surérogatoires fortement recommandées (sounna mouakkada). Leur délaissement n'est pas un péché, mais le Prophète Mohamed ﷺ ne les abandonnait jamais, même en voyage, ce qui montre leur immense importance.

2. Quand faut-il prier le chafaa et le witr ?

Entre la fin de la prière de l'Icha et l'entrée du Fajr. Celui qui est sûr de se réveiller avant l'aube gagne à les retarder à la fin de la nuit ; celui qui en doute doit les accomplir avant de dormir.

3. Quelles sourates réciter dans le chafaa et le witr ?

Selon la Sounna : Al-A'la dans la première unité du chafaa, Al-Kafiroun dans la seconde, et Al-Ikhlas dans le witr (parfois complétée par Al-Falaq et An-Nass). D'autres sourates sont toutefois permises.

4. Le qounout est-il obligatoire dans le witr ?

Non. Le witr est parfaitement valide sans le qounout. Cette invocation est recommandée et constitue un moment privilégié pour invoquer Allah, mais son omission n'affecte en rien la validité de la prière.

Gros plan d’une femme portant un hijab bleu à motifs avec un léger sourire et le regard baissé

5. Peut-on faire le witr en une seule rak'at sans chafaa ?

Oui. Le Prophète Mohamed ﷺ a explicitement validé le witr limité à une seule unité. Le chafaa qui le précède relève de la perfection de la pratique, non de la condition de validité.

6. Que faire si on s'endort sans avoir prié le witr ?

Si l'on se réveille avant le Fajr, on le prie normalement. Si l'aube est passée, les savants recommandent de le rattraper dans la journée sous une forme paire (deux rak'at), conformément à la pratique rapportée du Prophète ﷺ.

7. Peut-on prier le witr après avoir prié les tarawih au Ramadan ?

Celui qui a prié le witr avec l'imam à la mosquée n'a pas à le refaire. S'il souhaite prier encore durant la nuit, il peut accomplir des paires de rak'at supplémentaires sans refaire de witr, car le Prophète ﷺ a dit : "Pas deux witr dans une même nuit." (Abou Dawoud).

Conclusion

Le chafaa et le witr sont les joyaux qui referment la journée du croyant. Deux unités paires, une unité impaire, quelques sourates courtes et une invocation intime : quelques minutes suffisent pour accomplir ce que le Prophète Mohamed ﷺ n'a jamais délaissé, pas même en voyage. Leur souplesse — dans le moment, le nombre d'unités et la forme — les rend accessibles à tous, du débutant au plus assidu. Faire du witr la dernière prière de sa nuit, c'est obéir à une recommandation prophétique explicite et clôturer chaque journée par l'imparité qu'Allah aime, dans la sérénité d'un cœur tourné vers son Créateur.


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