La sourate Abasa (« Il s'est renfrogné »), quatre-vingtième chapitre du Coran, est une sourate mecquoise de quarante-deux versets. Elle s'ouvre sur un reproche adressé au Prophète ﷺ à propos d'un homme aveugle venu l'interroger, puis rappelle que le Coran est un rappel consigné dans des feuilles honorées, entre les mains de scribes nobles et obéissants. Elle dénonce ensuite l'ingratitude de l'homme, retrace son parcours de la goutte au tombeau, l'invite à considérer sa nourriture, et s'achève sur le Fracas du dernier jour et sur deux sortes de visages. Notre article sur les prophètes en islam rappelle la mission et la droiture des messagers, et celui sur le bon comportement en islam prolonge la leçon d'égard envers autrui que ce début enseigne. Voici les clés pour la lire avec rigueur.
Les dix premiers versets racontent un épisode précis de la vie du Prophète ﷺ et en tirent un principe général. Un homme sincère, privé de la vue, se présente avec empressement ; l'attention est tournée ailleurs ; le texte intervient pour rappeler où se trouve la véritable valeur d'une personne.
Les trois sections suivantes présentent le reproche et les circonstances de la révélation aux versets 1 et 2, la question sur la purification de l'aveugle aux versets 3 et 4, puis le contraste avec celui qui se complaît dans sa suffisance aux versets 5 à 10.

Selon la traduction consultée sur Coran en ligne, le verset 1 énonce : « Il s'est renfrogné et il s'est détourné », et le verset 2 en donne la raison : « parce que l'aveugle est venu à lui. » Le sujet du verbe n'est pas nommé, et le texte décrit un geste de visage avant de parler de la personne.
Les circonstances sont rapportées dans le Jami' at-Tirmidhi (n° 3331). Aïcha raconte que ce début de sourate a été révélé au sujet d'Ibn Umm Maktum, un compagnon aveugle, venu demander au Prophète ﷺ de le guider alors qu'il s'entretenait avec un notable parmi les polythéistes ; le Prophète ﷺ se détourna de lui pour se tourner vers cet homme. At-Tirmidhi qualifie ce hadith de hasan gharib et signale qu'une autre transmission l'a rapporté sans mention d'Aïcha.
Les commentateurs soulignent un détail du style : le reproche est d'abord formulé à la troisième personne, comme pour ménager le destinataire, avant de passer à l'interpellation directe au verset 3. Ils y voient aussi une marque de sincérité de la mission : un messager qui transmet lui-même un blâme à son propre sujet ne dissimule rien de ce qu'il reçoit.
Cette ouverture enseigne que l'attention est un acte moral. Celui qui choisit à qui il accorde son regard, son temps et sa patience exprime déjà un jugement sur la valeur des personnes. Le texte demande de corriger ce jugement avant d'en mesurer les effets.

Le verset 3 interpelle directement : « Qui te dit : peut-être [cherche]-t-il à se purifier ? » Le verset 4 poursuit : « ou à se rappeler en sorte que le rappel lui profite ? » La question place le Prophète ﷺ devant l'inconnu qu'est le cœur d'autrui. Personne ne sait ce que produira un conseil, ni quelle parole sera pour un homme le début d'un changement.
La suite de l'histoire d'Ibn Umm Maktum montre le sort que l'islam lui a réservé. Dans le Sahih al-Bukhari (n° 617), Ibn Umar rapporte que le Prophète ﷺ dit que Bilal appelait à la prière avant l'aube et qu'il fallait manger et boire jusqu'à l'appel d'Ibn Umm Maktum, lequel, aveugle, n'appelait qu'après qu'on lui eut annoncé que le jour s'était levé. L'homme dont le Coran a défendu la dignité devint ainsi l'un des muezzins du Prophète ﷺ.
Ce passage invite à deux attitudes. La première est l'humilité de celui qui enseigne : il ignore quel cœur est le plus prêt à recevoir. La seconde est l'égard dû à celui qui vient chercher : sa démarche, souvent coûteuse, mérite d'être accueillie sans calcul ni hauteur.
La sourate Al-Qalam atteste le haut niveau moral du Prophète ﷺ, et notre article sur la sourate Al-Qalam en présente le sens. Le reproche d'Abasa n'enlève rien à cette réputation ; il montre que même un caractère excellent est éduqué, avec bienveillance, lorsqu'une priorité doit être rappelée.

Les versets 5 et 6 décrivent l'autre personnage : « Quant à celui qui se complaît dans sa suffisance (pour sa richesse) », « tu vas avec empressement à sa rencontre. » Le verset 7 s'interroge : « Or, que t'importe qu'il ne se purifie pas », car la responsabilité du messager s'arrête à la transmission. Les versets 8 à 10 reviennent à l'aveugle : « celui qui vient à toi avec empressement, tout en ayant la crainte, tu ne t'en soucies pas. »
L'opposition est construite avec soin. D'un côté, l'homme qui se croit suffisant et qui n'a besoin de personne ; de l'autre, celui qui vient avec empressement et avec crainte. Le Coran enseigne que la valeur d'une personne se lit dans son désir de s'améliorer et dans sa crainte d'Allah, non dans son rang. Quatre enseignements se dégagent de ces versets :
Les sciences sociales ont étudié la relation entre statut et générosité. En 2010, Paul Piff, Michael Kraus, Stéphane Côté, Bonnie Cheng et Dacher Keltner ont publié dans le Journal of Personality and Social Psychology quatre études : les personnes de classe sociale inférieure s'y montraient plus généreuses, plus charitables, plus confiantes et plus serviables que celles de classe supérieure, ce que les auteurs attribuent à une compassion plus développée et à un attachement plus fort aux valeurs égalitaires. Ces résultats ont fait l'objet de débats, et des travaux ultérieurs les nuancent ; ils illustrent surtout qu'un rang élevé ne garantit aucune qualité morale.
Un verset de la sourate Al-Kahf recommande, lui aussi, de rester auprès de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, sans se laisser détourner par l'éclat de la vie présente. Notre article sur la sourate Al-Kahf développe cette ligne de conduite, qui donne à la leçon d'Abasa un prolongement concret.
Après l'épisode, le ton se fait plus solennel : le Coran est défini comme un rappel dont la dignité est garantie par sa conservation. La sourate passe ensuite à l'homme ingrat, dont elle rappelle l'origine modeste et le chemin tracé jusqu'au tombeau.
Les deux sections suivantes présentent les feuilles honorées et les scribes nobles aux versets 11 à 16, puis l'ingratitude de l'homme, sa création et sa résurrection aux versets 17 à 23.

Les versets 11 à 16 posent la définition du Coran : « N'agis plus ainsi ! Vraiment ceci est un rappel - quiconque veut, donc, s'en rappelle - consigné dans des feuilles honorées, élevées, purifiées, entre les mains d'ambassadeurs nobles, obéissants. » Le texte interrompt le reproche pour établir une règle : le Rappel n'est pas imposé, mais il est offert à qui veut.
Chaque adjectif ajoute un degré à la dignité du Livre : « honorées » par leur origine, « élevées » par leur rang, « purifiées » de toute altération. Les « ambassadeurs », ou scribes, désignent selon les commentateurs des anges, que le texte qualifie de « nobles » et d'« obéissants » : ils transmettent sans modifier ce qu'ils ont reçu.
Dans le Sahih al-Bukhari (n° 4937), Aïcha rapporte que le Prophète ﷺ a dit que celui qui récite le Coran en le maîtrisant sera avec les nobles scribes, c'est-à-dire les anges, tandis que celui qui le récite en peinant, avec difficulté, recevra une double récompense. Ce hadith se rattache à notre sourate et encourage ceux que l'apprentissage fatigue.
Notre article sur le tajwid du Coran présente les règles qui permettent de réciter avec justesse, et celui sur lire le Coran sans ablutions répond à une question fréquente. L'expression « purifiées » invite en tout cas à aborder le Livre avec le respect qu'on doit à un texte honoré.

Le verset 17 change soudain de ton : « Que périsse l'homme ! Qu'il est ingrat ! » Le verset 18 pose la question de l'origine : « De quoi [Allah] l'a-t-Il créé ? » et le verset 19 y répond : « D'une goutte de sperme, Il le crée et détermine (son destin) : ». L'ingratitude est d'autant plus choquante que le point de départ est modeste.
Les versets 20 à 22 déroulent la suite : « puis Il lui facilite le chemin ; puis Il lui donne la mort et le met au tombeau ; puis Il le ressuscitera quand Il voudra. » Naissance, chemin, mort, tombeau et résurrection forment un seul trajet, que l'homme n'a décidé à aucune de ses étapes. Les commentateurs voient même dans la sépulture une marque d'honneur, puisque le corps de l'homme est mis au tombeau au lieu d'être laissé à l'abandon.
Le verset 23 tire le constat : « Eh bien non ! [L'homme] n'accomplit pas ce qu'Il lui commande. » Le texte ne dit pas que l'homme est mauvais par nature, mais qu'il manque à ce qui lui est demandé. Notre article sur la sourate Al-Insan reprend la même origine humble pour inviter à la reconnaissance.
L'orgueil est l'oubli de cette origine ; la gratitude en est la mémoire. Quand le doute sur ses manquements se transforme en regret sincère, notre article sur comment se repentir en islam indique les étapes pour revenir à ce qui est commandé.
La fin de la sourate passe de la table au Fracas du dernier jour : la même phrase qui invite à regarder les aliments conduit à regarder le jour où nul ne s'occupera des autres. Entre les deux, une même idée : tout bienfait est un don, et tout don appelle un compte.
Les trois dernières sections présentent la nourriture et les plantes des versets 24 à 32, le Fracas et la fuite des proches des versets 33 à 37, puis les visages rayonnants et les visages couverts de poussière des versets 38 à 42. La vidéo propose ensuite la récitation, avant les questions fréquentes.

Le verset 24 invite : « Que l'homme considère donc sa nourriture : ». Les versets 25 et 26 en détaillent l'origine : « C'est Nous qui versons l'eau abondante, puis Nous fendons la terre par fissures ». Le verbe « fendre » décrit la terre qui s'ouvre sous la pousse, un spectacle que chacun peut observer dans un champ au printemps.
Les versets 27 à 32 énumèrent : « grains, vignobles et légumes, oliviers et palmiers, jardins touffus, fruits et herbages, pour votre jouissance vous et vos bestiaux. » La liste va du plus simple au plus raffiné et s'étend aux bêtes. Le Coran rappelle que la table de l'homme est le résultat d'une chaîne de dons dont il n'est pas l'auteur.
Cette liste invite à un regard attentif sur ce qui nous nourrit. Considérer sa nourriture, c'est reconnaître le travail de la pluie, de la terre et de ceux qui cultivent, puis prendre conscience de la part que d'autres n'ont pas. Notre article sur quand donner la zakat al-fitr rappelle une occasion concrète de nourrir ceux qui en ont besoin.
Les oliviers et les palmiers, cités au verset 29, sont des arbres de longue durée qui produisent pendant des décennies. Le texte associe ainsi à la récolte immédiate des grains et des légumes des bienfaits durables, que l'on plante souvent pour d'autres que soi, ce qui rappelle la valeur des œuvres dont le profit se prolonge après nous.
Pour que cette reconnaissance devienne un geste régulier, quatre habitudes simples peuvent servir de point de départ :

Le verset 33 annonce : « Puis quand viendra le Fracas, », et le verset 34 précise : « le jour où l'homme s'enfuira de son frère, de sa mère, de son père, de sa compagne et de ses enfants, ». L'énumération procède par cercles de plus en plus proches : le frère, les parents, le conjoint, les enfants.
Le verset 37 en donne la raison : « car chacun d'eux, ce jour-là, aura son propre cas pour l'occuper. » Cette fuite n'est pas un manque d'amour mais l'effet d'une urgence qui absorbe tout. Même les liens les plus forts s'effacent devant la responsabilité personnelle, que nul ne peut déléguer.
Dans le Sahih al-Bukhari (n° 6527), Aïcha rapporte que le Prophète ﷺ annonça que les gens seraient rassemblés pieds nus et nus. Elle demanda si les hommes et les femmes se regarderaient les uns les autres, et il répondit que la situation serait trop grave pour qu'on y pense. Ce hadith éclaire l'expression « son propre cas » du verset 37.
Notre article sur la sourate Al-Haqqah décrit lui aussi ce jour avec une grande force. Le rappel de cette fuite n'est pas fait pour désespérer, mais pour inviter à soigner dès maintenant le lien avec Allah, le seul qui reste utile quand tous les autres se dérobent.

Les versets 38 et 39 ouvrent la dernière scène : « ce jour-là, il y aura des visages rayonnants, riants et réjouis. » Les versets 40 et 41 la complètent : « De même qu'il y aura, ce jour-là, des visages couverts de poussière, recouverts de ténèbres. » Le visage est le miroir de l'état intérieur, et le jour du compte le rend visible à tous.
Le verset 42 donne le motif de ce second visage : « Voilà les infidèles, les libertins. » Le mot « libertins » renvoie à ceux qui ont rejeté la limite et vécu sans retenue. La sourate boucle ainsi son propos : celui qui s'est détourné du Rappel et du pauvre se retrouve face à un visage que rien n'éclaire.
Toute la sourate pose la même question : à qui avons-nous tourné notre visage ? Celui qui se détourne du faible, celui qui se complaît dans sa suffisance ou celui qui oublie sa nourriture ont un visage tourné vers eux-mêmes. Celui qui accueille, remercie et se rappelle le tourne vers Allah, et c'est ce visage qui rayonne.
Une abaya beige, sobre et discrète, convient à cet esprit de simplicité, à condition de la porter avec la seule intention de plaire à Allah. Notre article sur les rappels en islam propose des textes courts pour entretenir au quotidien cette mémoire de l'essentiel.
Pour écouter la sourate avec sa traduction française, voici la vidéo proposée par la chaîne Noor International :
Il signifie « Il s'est renfrogné » : c'est le premier verbe de la sourate.
Elle compte 42 versets et occupe la quatre-vingtième place dans l'ordre du Coran.
Elle est considérée comme mecquoise, révélée avant l'émigration vers Médine.
Selon le hadith d'At-Tirmidhi n° 3331, il s'agit d'Ibn Umm Maktum, un compagnon aveugle.
Parce qu'il s'était détourné d'un homme sincère pour s'occuper d'un notable, ce que le Coran lui a rappelé.
Ce sont les pages du Rappel, élevées et purifiées, entre les mains de scribes nobles et obéissants.
Celui qui maîtrise le Coran sera avec les nobles scribes ; celui qui le récite avec peine recevra une double récompense.
Pour lui rappeler que l'eau, la terre et les plantes sont des dons dont il n'est pas l'auteur.
Le Fracas du dernier jour, où l'homme s'enfuit de ses proches, chacun ayant son propre cas à régler.
Accueillir celui qui cherche sincèrement, ne pas juger sur le rang, être reconnaissant et se préparer au Jour du Fracas.
La sourate Abasa enseigne que la valeur d'une personne ne se lit pas dans son rang, que le Rappel est offert à quiconque le veut et que l'homme, venu d'une goutte, doit remercier pour la nourriture qui l'entretient. Elle rappelle que le jour du Fracas, chacun aura son propre cas à régler, et que le visage rayonnant sera celui qui s'est tourné vers Allah. Que cette lecture vous encourage à accueillir avec égard celui qui vient vers vous.

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