La sourate Al-Qalam (« La Plume »), soixante-huitième chapitre du Coran, est une sourate mecquoise de cinquante-deux versets. Elle s'ouvre sur un serment par la plume, défend le Prophète ﷺ contre l'accusation de folie et atteste la noblesse de son caractère. Elle raconte ensuite la parabole des propriétaires d'un verger, rappelle le destin des pieux, puis invite à la patience en citant l'homme au Poisson, avant de se refermer sur un Rappel adressé aux mondes. Elle suit la sourate Al-Mulk, présentée dans notre article sur la sourate Al-Mulk, et celui sur la sourate Luqman prolonge sa réflexion sur la sagesse du comportement. Voici les clés pour la lire avec profondeur.
Les sept premiers versets posent le cadre de toute la sourate : un serment qui élève l'écriture, un démenti adressé à ceux qui accusent le Messager de folie, une promesse de récompense et un éloge de son caractère. Ils montrent que la meilleure réponse à la calomnie est la qualité d'une vie.
Les trois sections suivantes présentent le serment par la plume, la réponse à l'accusation de possession, puis l'attestation d'une moralité éminente que la tradition éclaire par plusieurs hadiths.

La sourate s'ouvre par la lettre Noun, puis par un serment, selon la traduction consultée sur Coran en ligne : « Par la plume et ce qu'ils écrivent! » Allah jure par l'outil humble du scribe et par tout ce qui se consigne. Le premier mot du chapitre place ainsi l'écriture et la mémoire au rang des réalités les plus sérieuses.
Ce serment rappelle la première révélation, qui évoque Celui qui a enseigné par la plume (sourate Al-Alaq, verset 4). Cet écho relie les débuts du message à une valeur constante : le savoir se transmet par la parole et par l'écrit. Notre article sur qui a écrit le Coran montre comment le texte a été consigné et préservé.
Dans le Sunan Abi Dawud (n° 4700), Oubada ibn as-Samit rapporte que le Prophète ﷺ a dit que la première chose créée par Allah est la plume, à laquelle Il ordonna d'écrire les décrets de toute chose jusqu'à l'Heure ; Al-Albani juge ce hadith authentique. Notre article sur le destin en islam en développe le sens.
La science rejoint cette valeur de la plume. En 2024, Audrey van der Meer et Ruud van der Weel ont publié dans Frontiers in Psychology une étude menée auprès de 36 étudiants : l'écriture manuscrite sur écran tactile s'accompagnait d'une connectivité cérébrale plus étendue que la frappe au clavier. L'échantillon est modeste, mais l'écriture à la main semble solliciter davantage le cerveau, ce qui fait écho à l'estime que le Coran porte à l'écrit.

Le verset 2 répond à une accusation : « Tu (Muhammad) n'es pas, par la grâce de ton Seigneur, un possédé. » Les adversaires du Prophète ﷺ l'accusaient de folie. Le Coran ne discute pas longuement : il commence par un démenti net, appuyé sur la grâce de son Seigneur.
Le verset 3 poursuit : « Et il y aura pour toi certes, une récompense jamais interrompue. » Face à la calomnie, la promesse d'une récompense qui ne s'arrête pas. La parole des hommes passe, le don d'Allah demeure. Cette consolation s'adresse aussi à tout croyant moqué pour sa foi ou sa pudeur.
Les versets 5 à 7 annoncent un dénouement : « Tu verras et ils verront » qui a perdu la raison. Le texte laisse au temps le soin de départager, puis rappelle que le Seigneur « connaît mieux ceux qui s'égarent de Son chemin » et « mieux ceux qui suivent la bonne voie ». Le jugement final n'appartient pas aux hommes.
Cette attitude enseigne la sérénité face au dénigrement. Le Prophète ﷺ n'a pas besoin de répondre à chaque accusation, car l'issue appartient à Allah. Notre article sur les épreuves en islam rappelle que la moquerie et la contradiction font partie du chemin de la foi.

Le verset 4 est l'un des éloges les plus célèbres du Coran : « Et tu es certes, d'une moralité éminente. » Allah témoigne Lui-même du caractère de Son Messager ﷺ. Après l'accusation de folie vient l'attestation de noblesse, comme si la meilleure réponse au dénigrement était la qualité d'une vie.
Dans le Sahih Muslim (n° 746), Saad ibn Hisham interroge Aïcha sur le caractère du Prophète ﷺ ; elle répond que son caractère était le Coran. Autrement dit, le Messager était le texte rendu visible : ce qui est récité dans la sourate, il le vivait au quotidien.
Dans le Sunan Abi Dawud (n° 4799), Abou ad-Darda rapporte que rien n'est plus lourd dans la balance du croyant, le Jour de la Résurrection, que le bon caractère ; Al-Albani juge ce hadith authentique. Le caractère n'est donc pas un ornement : il pèse dans la balance.
Cette éthique se vit dans des gestes simples : une parole douce, une promesse tenue, un service rendu sans bruit. Notre article sur le bon comportement en islam propose des repères concrets, et celui sur la pudeur en islam montre comment cette retenue embellit le caractère.
Le caractère se travaille comme un geste que l'on répète. Sans promettre de transformation rapide, quatre étapes simples permettent d'avancer, jour après jour, vers cette moralité que le verset 4 met en lumière :
Après l'éloge, la sourate donne des consignes : ne pas céder à ceux qui rejettent le message, puis tirer une leçon d'une parabole. Les deux parties se répondent : la première met en garde contre la parole qui blesse, la seconde contre l'assurance qui oublie Allah et les pauvres.
Les trois sections suivantes présentent la consigne de ne pas obéir aux calomniateurs, la parabole du verger détruit pendant la nuit, puis le retour des propriétaires, qui avouent leur faute et espèrent mieux.

Après l'éloge, le texte donne une consigne : « N'obéis pas à ceux qui crient au mensonge » (verset 8). Le Messager est invité à ne pas fléchir devant ceux qui rejettent le message. La fermeté n'est pas de la dureté ; elle est la fidélité à ce que l'on a reçu.
Le verset 9 décrit la tentation : « Ils aimeraient bien que tu transiges avec eux afin qu'ils transigent avec toi. » Le marché proposé est celui du compromis réciproque : adoucir un principe en échange de la tranquillité. Le Coran distingue la souplesse des manières, qui est une vertu, de l'abandon des principes, qui est une perte.
Le verset 10 ajoute : « Et n'obéis à aucun grand jureur, méprisable ». Les versets suivants, jusqu'au verset 16, dressent le portrait de celui qui jure à tout propos, calomnie, empêche le bien et se montre brutal. Selon les commentateurs, ils visent un opposant précis de La Mecque, mais le portrait demeure un avertissement général.
Ce portrait est aussi un miroir : on ne devient pas calomniateur en un jour, on le devient par habitude. Le croyant gagne à se demander si ses paroles construisent ou détruisent. Notre article sur maîtriser sa langue en islam rappelle le poids des mots.

À partir du verset 17, le Coran raconte une parabole : « Nous les avons éprouvés comme Nous avons éprouvés les propriétaires du verger » « qui avaient juré d'en faire la récolte au matin », et cela sans dire « Si Allah le veut ». Les propriétaires comptent sur un avenir qu'ils croient maîtriser.
Le verset 19 raconte : « Une calamité de la part de ton Seigneur tomba dessus pendant qu'ils dormaient », et au verset 20, « ce fut comme si tout avait été rasé ». L'image est brutale : la récolte rêvée s'évanouit pendant leur sommeil, sans qu'ils puissent rien y faire.
Les versets 22 à 25 révèlent le projet : partir tôt, parler à voix basse, et « Ne laissez aucun pauvre y entrer aujourd'hui ». Leur décision a deux défauts : l'avarice envers les pauvres et l'assurance de tout maîtriser. La sourate les relie, car celui qui oublie de dire « si Allah le veut » oublie aussi que ses biens sont un dépôt.
La psychologie connaît ce travers. Dans une étude publiée en 1994, Roger Buehler, Dale Griffin et Michael Ross ont montré que les personnes sous-estiment le temps nécessaire pour terminer leurs projets, même lorsqu'elles connaissent leurs retards passés : c'est l'erreur de planification. Quatre repères permettent de garder cette lucidité devant l'avenir :
Notre article sur la sourate Al-Kahf contient aussi une parabole de jardins, celle de l'homme fier de ses récoltes, qui complète cette leçon sur l'illusion de la maîtrise.

Au matin, les propriétaires découvrent le verger rasé et, d'abord, ne le reconnaissent pas : ils croient s'être égarés, puis comprennent qu'ils sont privés de tout (versets 26 et 27). Le plus juste d'entre eux leur rappelle alors son conseil : « Ne vous avais-je pas dit » de glorifier Allah ? Le reproche vient de l'intérieur du groupe.
Les versets 29 à 32 décrivent un retournement : ils s'adressent des reproches, puis disent « Gloire à notre Seigneur! Oui, nous avons été injustes » et « Malheur à nous! Nous avons été des rebelles ». Ils expriment enfin l'espoir d'un remplacement meilleur : « Nous désirons nous rapprocher de notre Seigneur ». L'aveu précède l'espérance.
Le verset 33 conclut : « Tel fut le châtiment; et le châtiment de l'au-delà est plus grand encore, si seulement ils savaient! » Mais la parabole laisse une porte : l'aveu et le repentir. Notre article sur comment se repentir en islam en décrit les étapes, et celui sur la sadaqa jariya propose une manière durable de réparer l'avarice.
Les recherches sur le don vont dans le même sens. En 2008, Elizabeth Dunn, Lara Aknin et Michael Norton ont montré dans la revue Science que dépenser de l'argent pour autrui procure davantage de bonheur que le dépenser pour soi. Les propriétaires du verger avaient fermé la porte à ce bénéfice, et c'est leur avarice qui les a privés de tout.
La dernière partie de la sourate lève le regard vers l'au-delà : jardins promis aux pieux, questions adressées à ceux qui comptent sur de fausses garanties, puis consigne de patience. Elle s'achève sur un Rappel adressé à tous les mondes, qui répond à l'accusation du début.
Les deux dernières sections présentent les jardins de délice et le Jour de la prosternation, puis le délai accordé, l'exemple de Jonas et la clôture de la sourate. La vidéo propose ensuite la récitation, avant les questions fréquentes.

Le verset 34 oppose le destin des pieux : « Les pieux auront auprès de leur Seigneur les jardins de délice. » Après le verger détruit, voici des jardins que rien ne vient ravager. Le Coran répond à la peur de perdre par la promesse d'un bien durable, offert auprès du Seigneur.
Les versets 35 à 41 enchaînent des questions : « Traiterons-Nous les soumis [à Allah] à la manière des criminels? », « Qu'avez-vous? Comment jugez-vous? », puis « Ou bien avez-vous un Livre dans lequel vous apprenez » qu'ils obtiendront tout ce qu'ils désirent. Le texte démonte, une à une, les fausses garanties.
Les versets 42 et 43 décrivent la scène : « Le jour où ils affronteront les horreurs [du Jugement] », ils seront appelés à la Prosternation « mais ils ne le pourront pas ». Leurs regards seront abaissés et l'avilissement les couvrira, alors qu'ils étaient appelés à la prosternation « au temps où ils étaient sains et saufs ».
La leçon est celle de l'occasion : se prosterner est facile quand le corps est valide et le temps disponible. Chaque prosternation d'aujourd'hui est une préparation. Notre article sur comment faire la prière rappelle les étapes de ce geste que le Coran place au cœur du Jour du Jugement.

Le verset 44 déclare : « Laisse-Moi donc avec quiconque traite de mensonge ce discours ». Le Messager n'a pas à se charger de punir ; Allah s'en occupe. Il ajoute « Nous allons les mener graduellement par où ils ne savent pas! » et, au verset 45, « Et Je leur accorde un délai, car Mon stratagème est sûr! ». Le délai n'est pas une approbation.
Le verset 46 rappelle que le Prophète ne demande aucun salaire : « Ou bien est-ce que tu leur demandes un salaire, les accablant ainsi d'une lourde dette? » Sa mission est gratuite, ce qui garantit l'intégrité du message : il n'a rien à y gagner et rien à y vendre.
Le verset 48 donne la consigne finale : « Endure avec patience la sentence de ton Seigneur », sans être comme « l'homme au Poisson (Jonas) qui appela (Allah) dans sa grande angoisse ». Le verset 50 précise que son Seigneur « l'élut et le désigna au nombre des gens de bien ». Notre article sur la sourate Yunus prolonge cette réflexion sur la miséricorde qui attend.
Les versets 51 et 52 concluent : les mécréants disent « Il est certes fou! », alors que « ce n'est qu'un Rappel, adressé aux mondes! ». La sourate se ferme comme elle s'est ouverte : l'accusation de folie est démentie par un texte universel. Pour accompagner cette lecture, un hijab bleu marine, couleur de l'encre, convient par sa sobriété.
Pour écouter la sourate avec sa traduction française, voici la récitation de Mishary Rashid Alafasy proposée par la chaîne Lumière :
Al-Qalam signifie « la Plume » : le nom vient du serment du verset 1, qui jure par la plume et par ce qu'ils écrivent.
Elle compte 52 versets et occupe la soixante-huitième place dans l'ordre du Coran.
Elle est considérée comme mecquoise, révélée avant l'émigration vers Médine.
C'est l'une des lettres isolées qui ouvrent certaines sourates ; le texte n'en précise pas le sens, dont la connaissance est laissée à Allah.
Il atteste qu'il est « d'une moralité éminente » ; Aïcha a précisé que son caractère était le Coran (Sahih Muslim n° 746).
Des hommes décident de récolter à l'aube en privant les pauvres, sans dire « si Allah le veut » ; leur verger est détruit pendant la nuit, puis ils avouent leur faute.
Il rapporte que la première chose créée par Allah est la plume, à qui Il ordonna d'écrire les décrets jusqu'à l'Heure.
Il s'agit de Jonas, cité pour inviter le Prophète à endurer avec patience la sentence de son Seigneur.
Les versets 10 à 16 mettent en garde contre le grand jureur, le calomniateur et celui qui empêche le bien, et demandent de ne pas leur obéir.
La noblesse du caractère se montre par la fermeté devant la calomnie, le partage avec les pauvres et la patience, sous le regard d'un Rappel adressé aux mondes.
La sourate Al-Qalam enseigne que l'écrit et la parole ont un poids devant Allah, que le caractère du Messager est le meilleur des démentis à la calomnie et que l'assurance sans « si Allah le veut » mène à la perte. Elle invite à partager, à se repentir sans tarder et à endurer avec patience. Chaque croyante peut ainsi cultiver un caractère qui pèse lourd dans la balance.

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