La sourate Az-Zukhruf, quarante-troisième chapitre du Coran, tire son nom du mot « zukhruf », qui désigne l'ornement et l'or, mentionné au verset 35. Révélée à La Mecque, elle compte quatre-vingt-neuf versets. Elle oppose l'éclat éphémère de ce monde à la valeur durable de la piété, dénonce l'imitation aveugle des ancêtres, rappelle la parole d'Abraham et l'orgueil de Pharaon, puis s'achève sur la promesse du Paradis pour ceux qui craignent Allah. Voici les clés pour la lire avec profondeur.
La sourate s'ouvre sur les lettres isolées Ha, Mim, puis sur un serment par le Livre explicite. Avant d'aborder les questions de société, elle rappelle la source de toute guidance : une parole conservée auprès d'Allah, destinée à être comprise par l'intelligence humaine et non seulement admirée de loin.
Cette ouverture est prolongée par une méditation sur les bienfaits de la création, de la terre qui sert de berceau aux montures qui permettent de voyager. Les deux sections suivantes présentent le Coran arabe, puis le rappel du bienfait que le croyant formule lorsqu'il se met en route.

Selon la traduction consultée sur Coran en ligne, le verset 2 jure par le Livre explicite, puis le verset 3 déclare : « Nous en avons fait un Coran arabe afin que vous raisonniez. » Le texte relie donc la langue de la révélation à un objectif précis : la compréhension. Le Coran ne demande pas une adhésion irréfléchie, il s'adresse à l'intelligence.
Le verset 4 précise : « Il est auprès de Nous, dans l'écriture-Mère (l'original du ciel), sublime et rempli de sagesse. » Les deux qualités, « sublime » et « rempli de sagesse », indiquent que le Livre est à la fois élevé par son origine et utile par son contenu. Cette double dimension invite à le lire avec respect et avec attention.
La mention de la langue arabe n'exclut pas ceux qui ne la parlent pas. Elle rappelle qu'une compréhension solide commence par l'écoute attentive du texte original, que la traduction éclaire sans le remplacer. Notre article sur le Coran Tajwid présente les règles de récitation qui aident à lire avec justesse.
Les sciences cognitives observent que la compréhension d'un texte s'approfondit lorsque le lecteur s'y engage activement, par la relecture et le questionnement, plutôt que par une simple exposition. Le verbe « raisonner » du verset 3 va dans ce sens : le Livre est fait pour être médité, relu et interrogé, et pas seulement récité.

Les versets 10 à 12 énumèrent des bienfaits : la terre donnée pour berceau, les sentiers qui permettent de se guider, l'eau descendue du ciel « avec mesure » pour ranimer une cité aride, et les couples créés dans leur totalité. Chaque élément est présenté comme un signe qui invite à la gratitude. Notre article sur la sourate An-Nahl développe un thème proche.
Le verset 12 mentionne « des vaisseaux et des bestiaux, des montures », et le verset 13 en précise le but : s'y installer, puis se rappeler le bienfait du Seigneur et dire : « Gloire à Celui qui nous a soumis tout cela alors que nous n'étions pas capables de les dominer. » Le verset 14 ajoute : « C'est vers notre Seigneur que nous retournerons. » Un geste ordinaire devient ainsi un rappel du retour.
Dans le Sahih Muslim (n° 1342), Ibn Umar rapporte que lorsque le Prophète ﷺ montait sur sa monture pour partir en voyage, il glorifiait Allah trois fois, puis récitait cette invocation, avant d'y joindre des demandes de facilité et de protection pour le trajet. Au retour, il ajoutait une formule de repentir et de louange. Notre article sur la doua du voyageur en présente le détail.
De nombreux savants contemporains appliquent cette pratique aux moyens de transport actuels, qu'il s'agisse d'une voiture, d'un train ou d'un avion. Voici une manière simple de transformer chaque départ en moment de rappel, en suivant l'enseignement de ce hadith :
Au centre de la sourate, un conflit ancien revient à chaque génération : celui de la coutume héritée face à l'appel du prophète. Le texte montre que ce réflexe n'appartient pas à un peuple particulier, mais qu'il exprime une tentation humaine constante, celle de préférer le familier au vrai.
Face à lui, le Coran place le modèle d'Abraham, qui rompt avec les idoles de son père sans renoncer à la droiture, puis celui de Jésus, qui rappelle le même message. Les deux sections suivantes présentent l'argument de la tradition, puis la parole de ces deux prophètes.

Le verset 22 rapporte l'argument des opposants : « Nous avons trouvé nos ancêtres sur une religion, et nous nous guidons sur leurs traces. » Le verset 23 précise que cette phrase se répète d'une cité à l'autre : jamais un avertisseur n'a été envoyé « sans que ses gens aisés n'aient dit » la même chose. La scène est donc universelle et non anecdotique.
Le verset 24 rapporte la réponse du messager : « Même si je viens à vous avec une meilleure direction que celle sur laquelle vous avez trouvé vos ancêtres ? » Il ne demande pas de mépriser les anciens, mais d'examiner une direction meilleure. La réponse est un refus : « Nous ne croyons pas au message avec lequel vous avez été envoyés. » Le blocage ne vient pas de l'argument, mais de l'attachement à ce qui est familier.
Le texte désigne les « gens aisés » : ceux qui profitent de l'ordre établi sont souvent les plus attachés à la tradition. Le Coran ne condamne pas la transmission en elle-même, qui est un bien lorsqu'elle porte la vérité. Il condamne l'imitation sans examen, lorsqu'une preuve meilleure se présente et qu'on la refuse par simple habitude.
Les expériences de conformité menées par Solomon Asch dans les années 1950 ont montré qu'environ les trois quarts des participants ont suivi au moins une fois l'avis manifestement erroné d'un groupe. Le verset décrit une logique voisine sur le plan spirituel : le poids du groupe et de l'habitude peut l'emporter sur le jugement personnel, si l'on ne prend pas le temps d'examiner.

Le verset 26 rapporte la déclaration d'Abraham à son père et à son peuple : « Je désavoue totalement ce que vous adorez, » et le verset 27 poursuit : « à l'exception de Celui qui m'a créé, car c'est Lui en vérité qui me guidera. » Abraham nomme son point d'appui : Celui qui crée et qui guide. Notre article sur la sourate Ibrahim approfondit son parcours.
Le verset 28 ajoute : « Et il en fit une parole qui devait se perpétuer parmi sa descendance. Peut-être reviendront-ils ? » Cette parole, l'unicité d'Allah, devient un héritage que l'on transmet. Contrairement à la tradition aveugle, cet héritage repose sur une preuve et sur un choix raisonné, que chaque génération est appelée à refaire pour elle-même.
Le verset 59 dit de Jésus : « Il n'était qu'un Serviteur que Nous avions comblé de bienfaits », et le verset 64 rapporte sa parole : « Allah est en vérité mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le donc. » Le Coran présente ainsi Jésus comme un serviteur et un messager, dans la ligne d'Abraham. Notre article sur la sourate Maryam développe sa naissance et son message.
Deux prophètes séparés par des siècles tiennent donc le même langage. Cette continuité est l'un des fils conducteurs du Coran, comme le rappelle notre article sur les prophètes en islam. Pour la croyante, elle montre que la foi n'est pas une nouveauté, mais le retour à un message originel et commun à tous les envoyés.
Le nom de la sourate prend ici tout son sens : ornements, portes d'or, toits d'argent. Le Coran examine la fascination pour la richesse et la ramène à sa juste mesure, sans nier que ces biens soient une réalité de la vie présente.
Trois scènes l'illustrent : l'objection des Mecquois sur le rang de celui qui reçoit la révélation, le compagnon qui s'attache à celui qui s'écarte du rappel, et l'orgueil de Pharaon. Les trois sections suivantes les présentent l'une après l'autre.

Le verset 31 rapporte l'objection des opposants : « Pourquoi n'a-t-on pas fait descendre ce Coran sur un haut personnage de l'une des deux cités ? » Ils jugent la valeur d'un homme à son rang et à sa fortune. Le verset 32 répond : « Est-ce eux qui distribuent la miséricorde de ton Seigneur ? » La miséricorde divine ne se mesure pas aux richesses.
Le même verset ajoute : « C'est Nous qui avons réparti entre eux leur subsistance dans la vie présente », puis : « La miséricorde de ton Seigneur vaut mieux, cependant, que ce qu'ils amassent. » La répartition des biens est présentée comme une épreuve et un équilibre social, non comme un classement de la valeur spirituelle des personnes.
Les versets 33 et 34 évoquent des maisons pourvues de « toits d'argent », de portes et de divans, et le verset 35 y ajoute des ornements, avant de conclure : « l'au-delà, auprès de ton Seigneur, est pour les pieux. » Le texte ne condamne pas la beauté, il rappelle que ces biens n'ont aucune valeur de salut en eux-mêmes.
Les travaux sur l'adaptation hédonique, notamment ceux de Brickman et Campbell dans les années 1970, montrent que l'on s'habitue vite à une amélioration matérielle et que le plaisir qu'elle procure revient à son niveau antérieur. Le verset exprime la même idée à sa manière : ces biens sont une jouissance passagère. Notre article sur l'argent halal ou haram aide à acquérir sa richesse avec droiture.
Cela n'interdit pas l'élégance. Notre article sur la pudeur en islam montre que beauté et sobriété peuvent aller ensemble, comme dans une abaya Champagne choisie avec mesure, sans que l'apparence devienne la mesure de la valeur d'une personne.

Le verset 36 déclare : « Et quiconque s'aveugle (et s'écarte) du rappel du Tout Miséricordieux, Nous lui désignons un diable qui devient son compagnon inséparable. » Le verbe « s'aveugler » évoque une attitude progressive : on se détourne d'abord, puis l'on cesse de voir. Notre article sur le waswas décrit ces suggestions insidieuses.
Le verset 37 précise : « Ils (Les diables) détournent certes [les hommes] du droit chemin, tandis que ceux-ci s'estiment être bien guidés. » Le danger décrit est subtil : l'égarement ne se perçoit pas comme tel, et la personne se croit sur la bonne voie. L'erreur la plus dangereuse est celle que l'on prend pour une certitude.
Au verset 38, l'homme parvenu devant son Seigneur s'adresse à son compagnon : « Hélas ! Que n'y a-t-il entre toi et moi la distance entre les deux orients », et le texte commente : quel mauvais compagnon ! Le verset 39 précise que, ce jour-là, il ne servira à rien d'être associés dans le châtiment, car la responsabilité reste personnelle.
La psychologie cognitive décrit le biais de confirmation : la tendance à retenir ce qui conforte nos convictions et à écarter le reste. Le remède spirituel indiqué par ce passage est le rappel, c'est-à-dire la fréquentation régulière du Livre et de l'invocation. Notre article sur le dhikr au quotidien propose des repères concrets.

Au verset 51, Pharaon s'adresse à son peuple : « Le royaume de Misr [l'Égypte] ne m'appartient-il pas ainsi que ces canaux qui coulent à mes pieds ? » Il fonde son autorité sur ce qu'il possède. Le récit de Moïse est développé dans notre article sur la sourate Al-Qasas.
Dans les versets 51 à 53, Pharaon aligne ainsi trois arguments pour discréditer Moïse, que l'on peut résumer de la manière suivante afin de mieux saisir la logique de son discours et la nature de son orgueil :
Pharaon mesure donc Moïse aux insignes du pouvoir, exactement comme les Mecquois mesuraient le Prophète ﷺ à la fortune. Le même critère erroné traverse les époques : on juge la vérité d'un message à l'apparence de celui qui le porte, au lieu d'en examiner le contenu.
Le verset 54 en tire la conséquence : « Ainsi chercha-t-il à étourdir son peuple et ainsi lui obéirent-ils car ils étaient des gens pervers. » Le texte n'exonère pas le peuple : il a obéi. Dans la sourate Ghafir, un homme de ce même entourage choisit au contraire de parler, comme l'explique notre article sur la sourate Ghafir.
Le verset 55 conclut : « Puis lorsqu'ils Nous eurent irrité, Nous Nous vengeâmes d'eux et les noyâmes tous. » Le royaume, les canaux et les bracelets n'ont rien protégé. L'histoire de Pharaon rappelle qu'aucune puissance matérielle ne garantit le salut, et que l'orgueil qui s'appuie sur elle prépare sa propre chute.
La sourate se tourne enfin vers l'au-delà. Les relations fondées sur l'intérêt ou sur la complicité dans l'erreur ne résistent pas à ce jour, alors que les liens bâtis sur la piété demeurent. Le texte invite ainsi à choisir ses compagnons avec la même attention que ses croyances.
Il décrit ensuite le Paradis par ses plats d'or et ses coupes, reprenant l'image de l'or pour lui rendre sa vraie place. La section suivante présente ces deux tableaux ; la vidéo propose ensuite la récitation de la sourate, avant les questions fréquentes.

Le verset 67 annonce que, ce jour-là, les amitiés se transformeront en inimitiés, « excepté les pieux ». Les liens construits sur le profit, la complaisance ou la participation à l'erreur se défont devant la responsabilité de chacun. Seule l'amitié fondée sur la crainte d'Allah et sur le bien commun traverse l'épreuve du Jugement.
Le verset 68 s'adresse alors aux pieux : « Ô Mes serviteurs ! Vous ne devez avoir aucune crainte aujourd'hui ; vous ne serez point affligés. » Le verset 70 les invite : « Entrez au Paradis, vous et vos épouses, vous y serez fêtés. » L'amitié et la famille vécues dans la foi sont donc prolongées, et non abolies, par la vie future.
Le verset 71 décrit des plats d'or et des coupes, avec « tout ce que les âmes désirent et ce qui réjouit les yeux », et le verset 72 précise : « Tel est le Paradis qu'on vous fait hériter pour ce que vous faisiez. » L'or, signe d'arrogance dans la bouche de Pharaon, devient ici un don gratuit pour ceux qui ont gardé leur cœur libre de l'attachement à ce monde.
Le verset 89 ferme la sourate sur une consigne apaisée : « éloigne-toi d'eux (pardonne-leur) » et dis « Salut ! », car ils sauront bientôt. Après tant d'avertissements, le dernier mot est celui de la sérénité et du pardon, comme le rappelle notre article sur le pardon en islam, que la croyante peut appliquer dans ses relations.
Pour écouter la sourate avec sa traduction française, voici la récitation de Mishary Rashid Alafasy proposée par la chaîne Lumière :
Il signifie « les ornements » ou « l'or », mot que l'on trouve notamment au verset 35.
Elle compte 89 versets et occupe la quarante-troisième place dans l'ordre du Coran.
Oui, elle est considérée comme mecquoise, révélée avant l'émigration vers Médine.
Il affirme qu'Allah en a fait un Coran arabe afin que les gens raisonnent et comprennent.
Aux versets 22 à 24, elle critique le fait de suivre les ancêtres sans examiner une direction meilleure.
Il désavoue ce que son peuple adore, sauf Celui qui l'a créé et qui le guidera.
Celle que l'on dit en montant sur une monture : louer Celui qui a tout soumis et rappeler le retour vers Lui.
Celui qui s'écarte du rappel se voit attacher un diable qui l'accompagne et le détourne.
Ils symbolisent les signes extérieurs du pouvoir, que Pharaon prenait pour la mesure de la valeur d'un homme.
L'éclat de ce monde passe, alors que la piété demeure et que seuls les pieux restent amis le jour du Jugement.
La sourate Az-Zukhruf enseigne que la valeur d'un être ne se lit ni dans son rang ni dans ses ornements, mais dans sa piété. Elle invite à examiner les héritages plutôt qu'à les suivre sans réfléchir, à reconnaître chaque bienfait en disant « Gloire à Celui qui nous a soumis tout cela », et à choisir des compagnons qui rapprochent d'Allah. Chaque croyante peut ainsi avancer avec sobriété, en gardant l'au-delà pour horizon.

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