Riba en Islam

juillet 27, 2026 9 minutes de lecture

Riba en Islam

Le riba — l'intérêt usuraire — est l'un des interdits les plus sévères de tout l'Islam, condamné dans le Coran avec une gravité que l'on ne retrouve pour presque aucun autre péché. Pourtant, dans une économie mondiale entièrement bâtie sur l'intérêt, comprendre ce qu'est réellement le riba et comment s'en préserver est devenu un défi majeur pour le musulman contemporain. Cet article vous explique tout, avec clarté et bienveillance.

Qu'est-ce que le riba ?

Avant d'aborder la gravité de son interdiction et ses différentes formes, il est indispensable de définir précisément ce qu'est le riba, car une mauvaise compréhension du terme conduit à d'innombrables confusions.

Définition et étymologie

Le mot riba (الرِّبَا) vient de la racine arabe rabâ, qui signifie "croître", "augmenter", "s'étendre". Il désigne tout ajout ou tout surplus injustifié perçu dans un prêt ou un échange. En français, on le traduit souvent par "usure", mais cette traduction est trompeuse : en français, l'usure évoque un intérêt abusif et démesuré, alors qu'en arabe, le riba désigne tout ajout conditionné, qu'il soit petit ou grand.

Fidèles rassemblés à l'intérieur d'une mosquée, vus de dos, faisant face à l'avant de la salle de prière

Cette précision est fondamentale. Comme l'explique une analyse consacrée à la nature du riba et à son interdiction en Islam, lorsqu'on prête 1000 euros à une personne en exigeant qu'elle en rende 1100, les 100 euros ajoutés sont du riba : aucun effort n'a été fourni pour justifier cet excédent, on fait simplement de l'argent avec de l'argent, sans prendre aucun risque. Le taux importe peu — 1 % ou 50 %, la nature de l'acte reste identique. C'est cette logique du gain garanti sans contrepartie réelle qui définit le riba et le rend illicite.

La philosophie derrière l'interdiction

L'interdiction du riba n'est pas arbitraire : elle repose sur une vision profonde de la justice économique. Dans la conception islamique, l'argent n'est pas une marchandise qui doit produire de l'argent par elle-même — il est un simple moyen d'échange. La richesse légitime naît du travail, du risque partagé et de la création de valeur réelle. Celui qui prête à intérêt s'enrichit sans travailler et sans risque, tandis que l'emprunteur assume seul toutes les difficultés.

Gros plan sur la couverture d'un Coran avec mise au point sur le médaillon central

Cette asymétrie est perçue comme une injustice fondamentale, qui concentre les richesses et écrase les plus vulnérables sous le poids de la dette. C'est pourquoi l'Islam encourage à la place le partage des profits et des pertes, l'aumône et le prêt gratuit (qard hasan). Là où le riba fait croître la dette de manière exponentielle, la générosité fait croître les liens sociaux et la bénédiction divine.

La gravité du riba dans le Coran

Peu de péchés sont condamnés dans le Coran avec autant de force que le riba. La sévérité des versets qui le concernent révèle à quel point cet interdit est central dans la vision islamique de la justice.

Une déclaration de guerre divine

Le Coran consacre au riba plusieurs versets d'une gravité exceptionnelle, notamment dans la sourate Al-Baqara. Allah y dit : "Ô les croyants ! Craignez Allah ; et renoncez au reliquat de l'intérêt usuraire, si vous êtes croyants. Et si vous ne le faites pas, alors recevez l'annonce d'une guerre de la part d'Allah et de Son messager." (Sourate Al-Baqara, versets 278-279). Ce passage est unique dans tout le Coran : aucun autre péché ne fait l'objet d'une "déclaration de guerre" aussi explicite de la part d'Allah et de Son Prophète Mohamed ﷺ.

Très gros plan sur les motifs et la calligraphie de la couverture d'un Coran

Cette formulation extrême montre la place qu'occupe le riba dans la hiérarchie des interdits. Le Coran précise également le contraste entre le riba et l'aumône : "Allah anéantit l'intérêt usuraire et fait fructifier les aumônes." (Sourate Al-Baqara, verset 276). Ce que le riba fait croître en apparence, Allah le prive de toute bénédiction ; ce que l'aumône semble diminuer, Allah le fait prospérer.

Le riba, un péché majeur unanimement reconnu

L'interdiction du riba fait l'objet d'un consensus absolu (ijma') entre tous les savants de l'Islam, de toutes les écoles et de toutes les époques. Il figure parmi les grands péchés destructeurs (kaba'ir).

Le Prophète Mohamed ﷺ, dans un hadith rapporté par Mouslim, cita l'usure parmi les sept péchés qui mènent à la perdition, aux côtés du polythéisme et du meurtre injuste. Cette gravité est telle que, contrairement à d'autres interdits alimentaires par exemple, le riba n'est pas levé par la simple facilité — seule une nécessité vitale extrême pourrait l'excuser.

La sévérité du riba dans la Sounna

Si le Coran pose l'interdiction avec force, la Sounna prophétique en précise l'ampleur et souligne sa gravité par des images saisissantes destinées à marquer durablement les cœurs.

La malédiction de tous les acteurs

Le Prophète Mohamed ﷺ n'a pas limité la condamnation au seul prêteur : il a englobé toute la chaîne de la transaction usuraire. Le compagnon Jabir ibn Abdillah (qu'Allah l'agrée) rapporte : "Le Messager d'Allah ﷺ a maudit celui qui consomme le riba, celui qui le donne, celui qui l'écrit et les deux témoins. Et il a dit : ils sont tous égaux dans le péché." (Rapporté par Mouslim).

Gros plan artistique sur la couverture dorée et noire d'un Coran

Cette extension de la responsabilité montre que le riba n'est pas une faute individuelle isolée, mais une corruption systémique qui souille tous ceux qui y participent, même indirectement. Cette réalité a des implications concrètes pour le musulman d'aujourd'hui : rédiger un contrat usuraire, témoigner d'une transaction à intérêt ou faciliter administrativement le riba fait entrer dans le cercle de ceux qui sont concernés par cette mise en garde prophétique.

Des comparaisons qui frappent les esprits

Pour faire ressentir la gravité du riba, le Prophète Mohamed ﷺ a employé des images d'une force remarquable. Il a dit : "Le riba comporte soixante-treize degrés, le plus léger étant semblable au fait qu'un homme commette l'inceste avec sa propre mère." (Rapporté par Ibn Madja). Un autre hadith rapporté par Abou Hourayra (qu'Allah l'agrée) affirme qu'"un dirham de riba consommé sciemment est plus grave que trente-six fornications."

Coran fermé posé devant un fond rappelant l'intérieur d'une mosquée

Ces comparaisons ne visent pas à minimiser d'autres péchés, mais à secouer les consciences endormies. Le riba est souvent commis avec légèreté, presque banalisé dans l'économie moderne, alors même que sa gravité dépasse celle de péchés que tout le monde reconnaît comme graves. Le Prophète ﷺ cherchait précisément à briser cette banalisation.

Les différentes formes de riba

Les savants, à partir du Coran et de la Sounna, ont distingué plusieurs catégories de riba. Comprendre cette classification aide à identifier concrètement les situations à éviter.

Riba an-nasi'a et riba al-fadl

La jurisprudence islamique distingue traditionnellement deux grandes formes de riba :

  • Le riba an-nasi'a : c'est le riba du délai, l'intérêt classique perçu sur un prêt d'argent en fonction du temps. C'est la forme la plus répandue aujourd'hui — celle des crédits bancaires, des prêts à intérêt et des cartes de crédit
  • Le riba al-fadl : c'est le riba de l'excédent, qui concerne l'échange inégal de certaines marchandises de même nature, comme échanger de l'or contre une quantité supérieure d'or, ou du blé contre une quantité supérieure de blé

Le Prophète Mohamed ﷺ a précisé les règles de ces échanges dans un hadith rapporté par Mouslim : "Or pour or, argent pour argent, blé pour blé, orge pour orge, datte pour datte, sel pour sel, de manière égale et de main en main." Tout excédent dans l'échange de ces catégories de même nature constitue du riba al-fadl.

Une règle générale simple

Au-delà de cette classification technique, les savants ont dégagé un principe simple et opérationnel. Comme le résume l'imam Ibn Hazm, le riba dans le prêt concerne toutes les choses, par consensus. La règle générale est donc la suivante : tout prêt qui rapporte un avantage conditionné au prêteur est du riba.

Prêter 100 euros pour en récupérer 150, prêter 500 grammes de blé pour en récupérer un kilo — dans tous les cas, dès qu'un surplus est exigé en contrepartie du prêt, il s'agit de riba. Cette règle claire permet au croyant d'identifier facilement les transactions problématiques dans sa vie quotidienne.

Comment éviter le riba dans la vie moderne ?

C'est le grand défi du musulman contemporain : vivre dans une économie mondiale entièrement structurée par l'intérêt, tout en préservant sa foi. La tâche est difficile, mais des solutions existent.

Les situations concrètes à surveiller

Le riba se cache dans de nombreux aspects de la vie financière moderne. Les principales situations où le musulman doit être vigilant concernent les comptes d'épargne rémunérés, dont les intérêts sont du riba, les crédits à la consommation et les prêts immobiliers classiques, les cartes de crédit avec agios, ainsi que certains produits d'assurance et de placement.

Gros plan sur la couverture d'un Coran richement décorée de calligraphies arabes

Concernant les intérêts déjà perçus sur un compte, les savants recommandent de ne pas les consommer mais de s'en débarrasser en les donnant à des personnes dans le besoin, sans rechercher de récompense, car il s'agit d'une purification et non d'une aumône méritoire. Il faut toutefois noter une nuance importante : le compte courant classique, qui ne génère aucun intérêt, est considéré comme permis par la majorité des savants contemporains, car il s'agit d'un simple dépôt confié à la banque pour des raisons pratiques.

Chercher les alternatives licites

Face au riba, l'Islam ne laisse pas le croyant démuni : il l'oriente vers des alternatives conformes. La finance islamique a développé des produits qui répondent aux mêmes besoins dans un cadre licite — comme la mourabaha (achat-revente avec marge convenue) ou l'ijara (location avec option d'achat sans intérêt déguisé).

Coran fermé posé sur un tapis de prière rouge

L'achat comptant, l'épargne préalable et le prêt gratuit entre proches (qard hasan) sont également des voies à privilégier. Cette recherche de solutions licites, dans une société où elles ne sont pas toujours accessibles, s'inscrit dans un effort plus large de vivre pleinement selon les principes du halal — un sujet que nous abordons également dans notre article sur le fait de savoir si son argent est halal ou haram.

La miséricorde et l'effort sincère

Il est important de conclure avec bienveillance : dans un système économique où le riba est omniprésent, il est extrêmement difficile d'y échapper totalement. L'Islam n'exige pas l'impossible. Allah dit : "Allah n'impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité." (Sourate Al-Baqara, verset 286).

Personne levant les mains en invocation (duʿāʾ), les paumes tournées vers le ciel

Le croyant est appelé à faire un effort sincère (ijtihad), à éviter le riba autant qu'il le peut, à privilégier les alternatives licites lorsqu'elles existent, et à se repentir de ce qui a été commis. Ce qui compte est la direction du cœur et l'effort réel, non une perfection inatteignable dans un monde imparfait.

FAQ — Questions fréquentes sur le riba en Islam

1. Qu'est-ce que le riba exactement ?

Le riba est tout ajout ou surplus injustifié perçu dans un prêt ou un échange — ce que l'on appelle communément l'intérêt ou l'usure. Contrairement au français, le terme arabe désigne tout excédent conditionné, qu'il soit petit ou grand, et pas seulement un intérêt abusif.

2. Pourquoi le riba est-il si gravement interdit ?

Parce qu'il repose sur un gain garanti sans travail ni risque, ce qui est considéré comme une injustice qui écrase les plus vulnérables. Le Coran va jusqu'à annoncer "une guerre de la part d'Allah" contre ceux qui le pratiquent, formulation unique dans tout le texte sacré.

3. L'intérêt bancaire est-il du riba ?

Selon le consensus des savants, l'intérêt perçu ou versé sur un prêt d'argent en fonction du temps (riba an-nasi'a) constitue bien du riba. Cela concerne les crédits classiques, les prêts à intérêt et les comptes d'épargne rémunérés.

4. Un compte courant sans intérêt est-il licite ?

Oui, selon la majorité des savants contemporains. Le compte courant qui ne génère aucun intérêt est considéré comme un simple contrat de dépôt (wadi'ah), permis, car la banque ne verse aucun surplus et le client l'utilise pour des raisons pratiques.

5. Que faire des intérêts déjà perçus sur mon épargne ?

Les savants recommandent de ne pas les consommer ni d'en tirer profit personnel, mais de s'en débarrasser en les donnant à des personnes dans le besoin, sans intention de récompense. C'est un acte de purification, non une aumône méritoire.

6. Le prêt immobilier à intérêt est-il permis en cas de nécessité ?

C'est une question complexe qui fait l'objet de débats entre savants contemporains. Certains l'autorisent sous conditions strictes de nécessité réelle en l'absence d'alternative, d'autres le maintiennent interdit. Il est vivement recommandé de consulter un savant de confiance et de chercher d'abord les solutions de finance islamique.

7. Comment se repentir d'avoir pratiqué le riba ?

Par la tawba sincère : cesser la pratique, regretter, et avoir la ferme intention de ne plus y revenir. Le Coran précise qu'en cas de repentir, "vous aurez vos capitaux" — c'est-à-dire qu'on récupère le principal sans l'intérêt, sans léser ni être lésé.

Conclusion

Le riba est l'un des interdits les plus graves de l'Islam — au point que le Coran le présente comme une guerre déclarée contre Allah et Son Prophète Mohamed ﷺ. Derrière cette sévérité se cache une vision profonde de la justice : l'argent ne doit pas produire de l'argent sans travail ni risque, car cette logique concentre les richesses et opprime les faibles. Dans une économie moderne saturée d'intérêt, échapper totalement au riba relève parfois de l'impossible — mais l'Islam n'exige que l'effort sincère : éviter ce qui peut l'être, privilégier les alternatives licites, purifier ses gains douteux et revenir à Allah avec un cœur déterminé. Car c'est bien la direction du cœur, plus que la perfection, qui fait la valeur du croyant.


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