Que dire pendant la prière en Islam ?

mai 16, 2026 9 minutes de lecture

Que dire pendant la prière en Islam ?

La prière — ou salat — est le deuxième pilier de l'Islam. Elle est accomplie cinq fois par jour par des centaines de millions de musulmans à travers le monde, à des heures précises qui rythment la journée du croyant. Mais pour beaucoup de nouveaux convertis, de jeunes musulmans qui apprennent leur religion ou de personnes curieuses qui souhaitent comprendre cette pratique, une question fondamentale se pose : que dit-on exactement pendant la prière en Islam ?

La prière islamique n'est pas une méditation silencieuse. Elle est structurée autour d'un enchaînement précis de paroles, de formules, de récitations coraniques et d'invocations, chacune correspondant à une posture physique particulière. Apprendre ces paroles, les comprendre et les ressentir est l'un des apprentissages les plus beaux que l'Islam offre au croyant. Dans cet article, nous allons les parcourir étape par étape, avec leur translittération, leur traduction et leur signification.

La préparation avant la prière : la niyya

L'intention, acte du cœur

Avant même de prononcer le premier mot de la prière, le musulman doit formuler en lui-même une intention (niyya). Cette intention est un acte du cœur — elle ne doit pas nécessairement être énoncée à voix haute, et les savants s'accordent à dire qu'il suffit de savoir intérieurement quelle prière on s'apprête à accomplir.

L'intention consiste à préciser mentalement :

  • Quelle prière on accomplit (Fajr, Dhohr, Asr, Maghrib ou Icha)
  • Le nombre de rak'at qu'elle comprend
  • Le fait qu'elle soit obligatoire (fard) ou surérogatoire

Cette étape préalable rappelle que la prière en Islam n'est pas un simple exercice mécanique. Elle commence par une disposition intérieure, un tournant délibéré de l'âme vers Allah.

Le Takbirat Al-Ihram : l'entrée dans la prière

La formule d'ouverture

La prière commence par une formule incontournable, dont la prononciation marque le début officiel de la salat :

Allahu Akbar الله أكبر "Allah est le plus Grand"

Cette formule s'appelle le Takbirat Al-Ihram, ou "takbir d'entrée en sacralité". Elle est prononcée debout, face à la qibla (direction de La Mecque), les deux mains levées à la hauteur des oreilles ou des épaules selon les écoles juridiques.

Ce takbir est l'un des piliers de la prière — sa validité en dépend. Sans lui, la prière n'est pas reconnue. Il symbolise le passage du monde profane au monde du recueillement : en disant "Allah est le plus Grand", le croyant reconnaît que tout ce qui le préoccupait un instant auparavant — le travail, les soucis, les plaisirs du monde — est infiniment moins important que ce moment de face à face avec son Créateur.

L'invocation d'ouverture (Istiftah)

Après le takbir d'entrée, avant de réciter la Fatiha, il est recommandé (sunna) de prononcer en silence une invocation d'ouverture. La plus connue est :

Soubhânaka Allahoumma wa bihamdika, wa tabâraka ismouka, wa ta'âlâ djaddouka, wa lâ ilâha ghaïrouk "Gloire à Toi, ô Allah, et louange à Toi. Béni soit Ton nom, élevée soit Ta majesté. Il n'est de dieu que Toi."

Puis on dit : A'outhou billahi mina Chaïtane Radjiim — "Je cherche refuge en Allah contre le diable maudit" — avant de commencer la récitation.

La récitation de la Fatiha : le cœur de chaque rak'at

Une sourate obligatoire à chaque unité de prière

La sourate Al-Fatiha — "L'Ouverture" — est le premier chapitre du Coran. Elle est obligatoire à chaque rak'at de la prière. Le Prophète Mohamed ﷺ a dit : "Il n'y a pas de prière valide pour celui qui n'a pas récité l'Ouverture du Livre." (Hadith rapporté par Al-Boukhari et Mouslim)

La Fatiha se récite ainsi :

Bismillahi Rahmani Rahîm بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ "Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux"

Al-hamdo lillahi Rabbi-l-âlamîn الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ "Louange à Allah, Seigneur des mondes"

Ar-Rahmâni-r-Rahîm الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ "Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux"

Mâliki yawmi-d-dîn مَالِكِ يَوْمِ الدِّينِ "Maître du Jour de la Rétribution"

Iyyâka na'boudou wa iyyâka nasta'în إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ "C'est Toi seul que nous adorons et c'est Toi seul dont nous implorons le secours"

Ihdina-s-sirâta-l-moustaqîm اهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ "Guide-nous dans le droit chemin"

Sirâta-l-ladhîna an'amta 'alayhim, ghayri-l-maghdoûbi 'alayhim wa la-d-dâllîn صِرَاطَ الَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ الْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا الضَّالِّينَ "Le chemin de ceux que Tu as comblés de bienfaits, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés"

À la fin de la Fatiha, on dit : Amin — "Ainsi soit-il" — à voix haute si la prière est récitée à voix haute, en silence sinon.

La récitation d'une autre sourate

Après la Fatiha, et uniquement lors des deux premières rak'at, il est recommandé de réciter une autre sourate ou quelques versets du Coran.

Les sourates courtes — comme Al-Ikhlas, Al-Falaq, An-Nass ou Al-Kawthar — sont particulièrement utilisées. Cette récitation est une sunna confirmée, c'est-à-dire une pratique du Prophète Mohamed ﷺ vivement recommandée.

Le Roukou' : la génuflexion

Ce que l'on dit en s'inclinant

Après la récitation, le croyant s'incline vers l'avant, les mains posées sur les genoux, le dos parallèle au sol. Cette position s'appelle le Roukou'. En y entrant, on dit :

Allahu Akbar

Puis, en position d'inclinaison, on répète trois fois minimum :

Soubhâna Rabbiyal Adhîm سُبْحَانَ رَبِّيَ الْعَظِيمِ "Gloire à mon Seigneur, le Très Grand"

En se relevant

En quittant le Roukou' pour se redresser, on dit :

Sami'a Allâhou liman hamidah سَمِعَ اللَّهُ لِمَنْ حَمِدَهُ "Allah entend celui qui Le loue"

Puis, une fois debout, on ajoute :

Rabbanâ wa lakal-hamd رَبَّنَا وَلَكَ الْحَمْدُ "Notre Seigneur, et à Toi la louange"

Le Sujud : la prosternation

Le moment le plus proche d'Allah

La prosternation — le Sujud — est le moment le plus intense et le plus profond de la prière. Le Prophète Mohamed ﷺ a dit : "Le serviteur est le plus proche de son Seigneur lorsqu'il est en prosternation." En se prosternant, le croyant pose au sol son front, son nez, ses deux paumes, ses deux genoux et les extrémités de ses deux pieds.

En entrant dans la prosternation, on dit :

Allahu Akbar

Et en position de Sujud, on répète trois fois minimum :

Soubhâna Rabbiyal A'lâ سُبْحَانَ رَبِّيَ الْأَعْلَى "Gloire à mon Seigneur, le Très-Haut"

Il est également recommandé d'ajouter :

Soubhânaka Allahoumma wa bihamdika, Allahoumma aghfir lî "Gloire à Toi, ô Allah, et louange à Toi. Ô Allah, pardonne-moi."

La position assise entre les deux prosternations

Entre les deux prosternations, le croyant s'assied brièvement et dit :

Allahu Akbar

Puis invoque : Rabbighfir lî"Mon Seigneur, pardonne-moi"

Le Tachahoud : l'attestation de foi

La formule centrale du tachahoud

À la fin de la deuxième rak'at — et à la fin de la prière entière — le croyant s'assied et récite le Tachahoud, l'une des formules les plus importantes et les plus belles de la prière islamique. Comme l'explique le site islamophile.org dans sa présentation du déroulement de la prière, cette récitation constitue l'un des éléments fondamentaux (wajibat) de la salat.

At-tahiyyatou lillahi was-salawatou wat-tayyibatou, as-salâmou 'alayka ayyouha-n-nabiyyou wa rahmatoullahi wa barakâtouh, as-salâmou 'alaynâ wa 'alâ 'ibadillahi-s-sâlihîn. Achhad-ou an lâ ilâha illallâh wa achhadou anna Mohammadar rassoûloullâh.

"Les salutations, les prières et les bonnes œuvres appartiennent à Allah. Que la paix soit sur toi, ô Prophète, ainsi que la miséricorde d'Allah et Ses bénédictions. Que la paix soit sur nous et sur les pieux serviteurs d'Allah. J'atteste qu'il n'y a de dieu qu'Allah, et j'atteste que Mohamed est Son serviteur et Son messager."

Pendant la récitation du Tachahoud, l'index de la main droite est levé lors de la shahada, en signe de monothéisme.

La Salat Ibrahimiya : les bénédictions sur le Prophète

Après le Tachahoud, lors de la dernière rak'at, on récite la Salat Ibrahimiya — bénédictions sur le Prophète Mohamed ﷺ et sur le Prophète Ibrahim (Abraham) :

Allahoumma salli 'alâ Mouhammadin wa 'alâ âli Mouhammadin, kamâ sallayta 'alâ Ibrahîma wa 'alâ âli Ibrahîm, innaka hamîdoun madjîd. Allahoumma bârik 'alâ Mouhammadin wa 'alâ âli Mouhammadin, kamâ bârakta 'alâ Ibrahîma wa 'alâ âli Ibrahîm, innaka hamîdoun madjîd.

"Ô Allah, bénis Mohamed et la famille de Mohamed, comme Tu as béni Ibrahim et la famille d'Ibrahim. Tu es vraiment digne de louanges, glorieux. Ô Allah, répands Tes bénédictions sur Mohamed et la famille de Mohamed, comme Tu as répandu Tes bénédictions sur Ibrahim et la famille d'Ibrahim. Tu es vraiment digne de louanges, glorieux."

La clôture de la prière : le Salâm

Les deux salutations finales

La prière se termine par le Salâm — la salutation de paix. Le croyant tourne la tête vers la droite, puis vers la gauche, en disant à chaque fois :

As-salâmou 'alaïkoum wa rahmatullâh السَّلَامُ عَلَيْكُمْ وَرَحْمَةُ اللَّهِ "Que la paix et la miséricorde d'Allah soient sur vous"

Ces deux salutations marquent officiellement la fin de la prière. Elles sont adressées aux anges qui accompagnent chaque croyant ainsi qu'aux fidèles qui prient à côté.

Les dhikrs après la prière

Des formules pour prolonger le lien spirituel

La prière terminée, la sunna recommande vivement de ne pas se lever immédiatement, mais de rester assis quelques instants pour prononcer des dhikrs — formules de rappel d'Allah. Comme le détaille IslamQA.info dans sa réponse sur les formules à réciter après la prière, le Prophète Mohamed ﷺ avait l'habitude de dire après chaque prière obligatoire :

  1. Astaghfiroullah (trois fois) — "Je demande pardon à Allah"
  2. Allahoumma anta as-salâm, wa minka as-salâm, tabârakta yâ dhal-jalâli wal-ikrâm"Ô Allah, Tu es la Paix, et c'est de Toi que vient la paix. Tu es béni, ô Maître de la Majesté et de l'Honneur."
  3. Soubhânallah (33 fois) — "Gloire à Allah"
  4. Al-hamdoulillah (33 fois) — "Louange à Allah"
  5. Allahu Akbar (33 fois) — "Allah est le plus Grand"

Ces 99 répétitions, complétées par : Lâ ilâha illallâhou wahdahou lâ charîka lah, lahou-l-moulk wa lahou-l-hamd, wa houwa 'alâ koulli chayin qadîr ("Il n'y a de dieu qu'Allah, seul, sans associé. À Lui la royauté et à Lui la louange. Et Il est capable de toute chose") représentent l'un des dhikrs les plus méritoires recommandés après la prière.

Prières à voix haute ou en silence ?

Une règle simple à retenir

Les fidèles s'interrogent parfois sur cette règle : quand récite-t-on à voix haute, et quand récite-t-on en silence ? La règle est la suivante, telle que IslamQA.info la résume dans son article sur les piliers et devoirs de la prière :

  • À voix haute : les deux rak'at du Fajr, les deux premières rak'at du Maghrib et de l'Icha, ainsi que la prière du vendredi (Djoumoua)
  • En silence : les quatre rak'at du Dhohr et de l'Asr, la troisième rak'at du Maghrib, et les deux dernières rak'at de l'Icha

FAQ — Questions fréquentes sur ce que l'on dit pendant la prière

1. Doit-on obligatoirement parler en arabe pendant la prière ?

Oui, selon la grande majorité des savants. Les paroles de la prière — Fatiha, Tachahoud, Takbir — doivent être prononcées en arabe pour que la prière soit valide. En revanche, les invocations personnelles (dou'a) après la prière peuvent être faites dans n'importe quelle langue.

2. Que fait-on si l'on ne connaît pas encore toutes les formules par cœur ?

Un débutant peut commencer avec ce qu'il sait, en apprenant progressivement. Les savants admettent qu'on peut prononcer les formules de substitution en cas d'ignorance temporaire, en veillant à apprendre les formules authentiques le plus vite possible.

3. La Fatiha est-elle vraiment obligatoire à chaque rak'at ?

Oui. Le Prophète Mohamed ﷺ a clairement dit que la prière sans la récitation de la Fatiha est nulle. Elle est récitée à chaque rak'at sans exception.

4. Combien de fois répète-t-on "Soubhâna Rabbiyal Adhîm" et "Soubhâna Rabbiyal A'lâ" ?

Le minimum est trois fois. Il est recommandé de répéter davantage si la prière est accomplie seul, pour allonger le moment de recueillement dans ces positions.

5. Peut-on faire des dou'as personnels pendant la prosternation ?

Oui, et c'est même fortement recommandé. Le Prophète Mohamed ﷺ a dit que la prosternation est le moment où le serviteur est le plus proche de son Seigneur. C'est donc un moment privilégié pour demander à Allah tout ce que l'on souhaite, dans n'importe quelle langue.

6. Qu'est-ce que le Tachahoud et pourquoi est-il important ?

Le Tachahoud est l'attestation de foi récitée en position assise lors de la prière. Il contient la shahada — le témoignage qu'il n'y a de dieu qu'Allah et que Mohamed est Son messager — ainsi que les salutations sur le Prophète ﷺ. Il est l'un des éléments obligatoires (wajibat) de la salat.

7. Que dit-on après avoir terminé la prière ?

Après le Salâm final, on dit trois fois Astaghfiroullah, puis la formule "Allahoumma anta as-salâm..." et on enchaîne avec les 33 Soubhânallah, 33 Al-hamdoulillah et 33 Allahu Akbar. Ce dhikr est une pratique prophétique vivement recommandée.

Conclusion

La prière en Islam est bien plus qu'un rituel : c'est un dialogue vivant entre le serviteur et son Créateur, structuré autour de paroles d'une profondeur spirituelle extraordinaire. Du takbir d'ouverture au salâm final, chaque formule porte un sens, chaque posture exprime une réalité spirituelle, chaque répétition approfondit le lien entre l'âme croyante et Allah.

Apprendre ces paroles avec patience et les réciter avec présence du cœur est l'un des plus beaux voyages que l'Islam invite le croyant à entreprendre. Car comme l'a dit le Prophète Mohamed ﷺ : "La prière est l'ascension du croyant." Et toute ascension commence par un premier pas — ou, en l'occurrence, par un premier mot : Allahu Akbar.


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